Un dialogue de paix. [Desdemone]



 

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 Un dialogue de paix. [Desdemone]

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Mikaeus

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MessageSujet: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Mer 11 Déc - 14:36

Hissez les voiles !



    Tu te trouves sur Elage depuis un petit bout de temps déjà. Mais ce paysage... il est nouveau pour toi. Jamais dans ta terre natale, ou même lors de ton voyage à Pthian, tu n'as pu voir de telles étendues d'eau. Tu pourrais rester des heures planté sur ce sable à observer les vagues au loin. Et surtout, tu n'as pas connu de mésaventures depuis que tu as posé pied-à-terre. Malgré tout dans l'air ambiant, tu sens qu'il manque quelque chose. Sûrement le manque de mana vert, mais ça, tu ne le sais pas encore.


    Tu as pu faire connaissance avec le peuple d'Ethietor. Une théocratie, à ce que tu en sais, remplie d'humains en tout genre. Ce sont les premiers sur qui tu es tombé et ils ne t'ont visiblement pas posé de problèmes. Mais cela, c'était peut-être parce qu'ils attendaient quelque chose de toi. Après t'avoir offert un toit, ils viennent. Une mission à te confier. Tu n'acceptes pas tout de suite non, tu veux savoir de quoi il en retourne, et alors ils t'expliquent tout.


    Dans les mers d'Elage, se trouve un peuple conséquent d’ondins, ces créatures des mers dont tu as déjà entendu parlé. Un peuple souvent persécuté, soit par les autres factions humaines, soit par les créatures qui se cachent dans les profondeurs des abysses. (Tu frissonnes. Qu'est-ce qu'il peut bien se trouver dans des espaces d'eau aussi géants?) Ethietor peut leur proposer un marché. Ils peuvent mettre en sécurité leurs enfants, les « Maudits », les mettre à l’abri des attaques incessantes dont ils sont victimes. Bien sûr, la protection, ce n'est pas gratuit, et il faudra une compensation, une contrepartie. Ton rôle dans tout ça ? Partir à la rencontre du peuple Ondin et t'occuper de la négociation. Un bateau avec un équipage pour le manœuvrer t'attendrait et vous partiriez le plus tôt possible.


    Tu y réfléchis. Après tout, il en va (apparemment du moins, et tu y crois) de la sécurité d'un peuple persécuté. S'ils t'ont choisi, c'est peut-être pour ne pas envoyer un humain négocier avec eux, peut-être que cela serait bénéfique. Tu acceptes. On te laisse la nuit pour te préparer, et le lendemain tu partiras sur un bateau. Tu n'es jamais monté sur un bateau.


    Le lendemain, tu te réveilles en pleine forme. Fier de pouvoir enfin servir à quelque chose d'utile : tenter d'amener la protection à un peuple. Tu marches, pensif vers le port. Apparemment, ton équipage n'aurait strictement rien à voir avec la mission, ils seraient juste là pour faire ce que tu ne sais pas faire : manœuvrer un navire.


    Arrivé au port, tu es émerveillé devant ce que tu vois. Une machine faite de métal, avec des troncs verticaux et des voiles. On te souhaite la bienvenue à bord, et après qu'un conseiller t'ait expliqué les dernières précisions sur ta mission, vous levez l'ancre. Apparemment, tu reconnaîtras la personne avec qui dialoguer d'un seul coup d’œil.


    Pendant le voyage, tu es sujet à deux sensations : l'émerveillement, et le stress. Tes yeux brillants se pose sans cesse sur l'horizon infiniment loin. Les vagues ne te donnent pas le mal de mer mais te donnent plutôt des sensations que tu n'oublieras pas. Cependant, il y a cette pression concernant ta mission. Tout va bien se passer ? Vais-je réussir à négocier correctement ? Et si j'empirais la situation ? Tant de questions qu'il vaut mieux que tu oublies si tu veux garder tes moyens.


    Enfin, après quelques temps de voyage et alors que ton navire avance lentement, quelque chose semble bouger sous l'eau. Une créature offensive ou bien le peuple Ondin qui s'en va à ta rencontre ?
    Tu n'en crois pas tes yeux. C'est bien un ondin qui émerge. Une ondine même. Avec une méduse vissée sur son crâne. C'était sûrement à cela que faisaient référence ceux qui t'ont donné ta mission, sûr qu'on la reconnaîtrais. Mais tu as bien décidé de ne pas y faire attention pour le moment. Tu laisses ta curiosité de côté, fait arrêter le bateau et prend cette posture fière, comme à chaque fois que tu t'adresses à une personne inconnue. Tu fais bien attention à t'adresser avec elle avec beaucoup de respect. Tu y tiens. Tu te penches hors du bateau et entame le dialogue.


« Je vous souhaite le bonjour et que vos journées soient longues en ce monde, ainsi que vos nuits paisibles. Je viens à la rencontre de votre peuple pour vous proposer un marché au nom de d'Ethietor. »


    Tu fais en sorte que ta voix porte bien pour couvrir le bruit des vagues, mais elle reste douce et bienveillante. Ton cœur commence à battre la chamade.

 
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Desdemone

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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Ven 13 Déc - 12:39

Le Repos.

Il existait un univers où le Repos existait. Un univers où les mots proie et prédateur n’avaient aucun sens, un univers où chacun se contentait d’être, un univers où le temps se figeait, où la chasse ne pouvait plus se poursuivre, un univers où elle pouvait se poser sans risquer de voir son existence réduite à néant, où elle ne se ferait pas déchirer, bouffer par un autre être. Elle s’était sentie tellement nerveuse, en arrivant dans l’Entre-Monde. Boule de nerfs, le danger à fleurs de peau – parce qu’elle ne pouvait pas croire qu’il n’existait pas, que la méfiance était ancrée dans chacune de ses fibres existentielles, que cet univers était impossible. Ce qui lui arrivait était impossible. L’Etincelle. Un archiviste lui avait expliqué tout ça – et puis elle avait trouvé Son Lieu, Son Chez Elle de l’Entre-Monde.

Chez Moi.

Elle l’avait répété, mentalement, une fois, deux, puis en kyrielle, chezmoichezmoichezmoichezmoichezmoichezmoi… Chémoua. Ça lui plaisait, comme consonances. Mais elle n’y croyait toujours pas. Un endroit à elle. Un endroit qui ne respirait que sa présence, et celle de ceux qu’elle y accepterait, ceux qui étaient les bienvenus. Pour le moment, personne ne l’était – c’était son espace vital, son espace à elle, et elle se sentait incroyablement possessive. C’est qu’elle n’avait jamais eu d’espace. Chaque goutte d’eau était mouvement, chez elle, non, pas chez elle, dans cet univers dont elle venait, plutôt, et qui n’avait jamais été chez elle, justement. Mouvement. Une goutte appartenait à l’un puis à l’autre, l’on était sans cesse chassé d’un espace, c’était un jeu de chaises musicales de tous les instants. L’Entre Monde était incroyable. Incroyable. Littéralement – elle ne pouvait pas croire à sa propre existence.

Mais c’était un entre mondes. Par définition, il n’existait pas, il n’était que transition entre deux univers, entre les multivers.

Elle ne profita pas longtemps du repos, se sentait sans cesse froissée à l’intérieur d’elle-même, agitée, fébrile. L’immobilité la rendait folle, la sensation de sécurité aussi. Elle avait besoin de la chasse, besoin de la peur, besoin du danger pour se sentir vivre, et ici, elle se sentait morte – c’était ce dont elle avait toujours rêvé, un endroit où se poser dans sa fuite incessante de vivre, et maintenant qu’elle était là, elle voulait nager à nouveau, courir, fuir, fuir, fuir.

Non.

Pas fuir.

C’était bien là le changement – elle ne serait plus en fuite. Elle avait toujours été au bas de la chaîne alimentaire, parasitée plutôt que parasite – mais maintenant c’était elle l’Ecornifleuse. Elle, la prédatrice. Elle, l’Arpenteuse. Elle avait bien entendu répéter, à son arrivée :

« Être un Arpenteur, ce n'est pas un cadeau, c'est une destinée. Tu n'es pas moins fragile qu'avant, tu n'es pas plus savant, tu n'es pas plus agile, tu n'es pas moins mortel, tu es simplement doué de Magie. Ne fais pas l'erreur de te penser au-dessus des autres. Et surtout, n'oublie pas : L'Étincelle, on vit avec, mais surtout, on meurt avec. »

Elle n’avait pas écouté un instant ce ramassis d’âneries. Elle était douée de Magie. Elle passait d’un moment à l’autre en haut de la chaîne. Elle ne pourrait plus jamais se faire bouffer le crâne par une Méduse, et les crocs des requins ne lui faisaient plus ni chaud ni froid, maintenant qu’elle avait des tentacules pour l’en protéger. Maintenant qu’elle pouvait aspirer la vie de qui compte Oserait effleurer sa peau.

Ses yeux brûlaient.

Elle voulait du danger. Elle voulait – vivre. Jouer avec la survie, la sienne et celle des autres. Elle voulait quitter cet Entre-Monde mort où ne vivaient que des fantômes d’existences voilées. Elle avait fermé les yeux – instinctivement, pensé à des étendues d’eau, parce que c’était ce qu’elle connaissait le mieux, ce vers quoi elle tendait tout naturellement. Pensé à la guerre, aussi, la guerre de l’existence. Le panorama avait basculé dans sa tête – et puis elle avait plongé dans l’eau.

Elage.

Un monde étrange. Elle était arrivée en pleine bataille entre un peuple d’ondins et des monstres de la mer – elle avait crissé intérieurement, encore, en les voyant se battre alors que toutes les cellules de son corps lui hurlaient la fuite. Elle avait observé des choses étranges – les ondins ne semblaient donner absolument aucune importance à leur vie. Et elle avait vite compris. Ils étaient blessés, le sang coulait de partout, ils continuaient encore. Elle avait vu, au fil des jours, certains corps au fond de l’eau remonter, leurs plaies vaguement moins effrayantes. Elle avait tiqué.

Son univers encore une fois chamboulé.

Un monde où l’ordre des choses est encore inversé, où les êtres sont certes en perpétuel combat, mais où le combat ne cesse jamais, parce que personne ne meurt ?

L’esprit embrumé, elle s’était éloignée sans essayer de frayer avec les autres ondins. Ils étaient complètement malades. Ca puait la colère de partout, l’eau était sans cesse en train de se déchirer d’émotions violines et violentes. Il lui faudrait un temps pour s’ajuster.

Elle avait nagé vers la surface, cherché encore un brin de paix loin des monstres des abysses. Ses yeux faibles avaient été aveuglés, encore, par les deux soleils qui vrillaient le ciel.

Il y avait un bateau. Du mouvement, sur le pont. Desdemone plissa les yeux, discernant la figure chevaline qui s’était rapprochée du bord, et l’observait. Elle ressentit immédiatement une bouffée de sympathie à son égard – si elle n’avait aucune idée de quel genre de créature il était, les sabots sur son corps d’homme lui rappelaient tant les parasites, et l’union de deux créatures, qu’elle ne pouvait que se reconnaître en lui. Il la regardait si fièrement – comme si, lui aussi, avait besoin de se mettre sur la défensive, de se protéger. Elle le fixa – droit dans les yeux. Elle ne souriait pas, mais ses lèvres remontaient de manière infime, et c’était sa propre fierté que de ne pas baisser le regard face à sa posture. Elle était dans l’eau, il était dans l’air, deux univers sans compétition qu’il relia soudain par la voix, une voix-pont entre deux densités, une voix où elle sentait quelque chose d’extrêmement protecteur vibrer dans ses tons graves, profonds et respectueux.

On ne lui avait jamais souhaité de telles choses. Jamais souhaité la longueur des journées et la paix des nuits.

Elle ressentit à nouveau quelque chose d’étrange en elle – incapable à définir. Incapable de répondre, aussi, par des mots. Alors elle s’approcha, posa la main sur le métal, et sortit de l’eau, montant sur le bateau grâce à la corde qu’on lui jeta lorsque ses intentions furent comprises. Sortir de l’eau. Le rejoindre. Un geste dont il ne comprendrait peut-être pas la signification – mais elle ne pouvait faire de geste plus inéquivoque à son goût. Un pas vers l’autre plutôt que loin de l’autre. C’était tellement plus qu’un simple bonjour – qu’elle ne prononcerait pas.

Elle ne savait pas qui était Ethietor. Elle ne savait pas, non plus, en quoi elle, ondine de passage, pouvait représenter son peuple – idée étrange en elle-même, les ondins n’ayant jamais été très soudés dans son univers d’origine, plutôt traitres les uns aux autres, à survivre à tous les prix même celui des leurs. Mais elle était curieuse, curieuse de savoir qui était ce – qu’était-il ? – cette créature étrange, et ce qu’il pouvait avoir à proposer. Elle était face à lui – et il lui semblait tellement grand, tellement fort, sur son corps d’équidé. Elle semblait si frêle à côté. Ses épaules remontèrent, instinctivement, en un geste défensif. L’envie de replonger fourmilla le long de sa peau pâle et humide, mais elle se retint. Il venait à elle – malgré sa taille, c’était lui qui cherchait quelque chose auprès d’elle. Sa voix traîna.

- C’est donc qu’Ethietor a besoin des ondins. Dans quelle difficulté peut-il donc se trouver ?

Elle n’avait jamais pensé autrement qu’en rapport de force.
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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Ven 13 Déc - 14:33

Quiproquo



   Elle est toujours dans l'eau et tu la regardes droit dans les yeux, fasciné par cet être. Elle ne répond pas directement, est-ce bien elle l'émissaire de son peuple ? L'agressivité est absente de son regard, c'est déjà ça. Tu ordonnes à ton équipage de lancer quelque chose pour aider l'inconnue à monter. Toujours sans dire mot, elle s’exécute et dévoile son corps hors de l'eau. Tu te recules un peu pour lui faire place, sans lâcher de ta position fière. Tu ne t'est jamais dit que de l'extérieur, on pourrait croire que tu cherches à intimider, avec ta grande taille et tes sabots ? Que tu te sens supérieur ? Non, jamais. Pour toi c'est une habitude qui te vient de ta race, et c'est également un signe de respect que d'afficher une posture noble pour dialoguer.


    L'ondine ne t'a pas rendu tes salutations, mais tu essaies de faire abstraction. Ton équipage ne dit mot, ils se contentent d'observer la scène ou de s'occuper du navire. Certains affichent des grands yeux ronds en direction de l'invitée, sûrement à cause de cette méduse. Tu aimerais bien leur dire de regarder ailleurs au lieu de dévisager la représentante d'un peuple peut-être future-ment allié. Mais il n'est pas question d'eux, et cette ondine doit sûrement avoir l'habitude. Tout de même, ce n'est pas une...


« C’est donc qu’Ethietor a besoin des ondins. Dans quelle difficulté peut-il donc se trouver ? »


    Son intervention te stop net dans tes pensées. C'est une bonne chose, mieux vaut te concentrer sur ton but principal. Ca te conforte aussi dans l'idée que cette ondine se trouve bien être la personne avec qui tu dois négocier, puisqu'elle ne semble aucunement surprise. Malgré cela, elle ne te semble pas à l'aise, peut-être à cause de la même pression que toi ? Tu as remarqué son mouvement d'épaule, sa posture. A-t-elle déjà vu des centaures ? Si elle a toujours vécu ici, la réponse est non. D'ailleurs toi-même, tu n'en as pas vu beaucoup d'autres dans ta vie.


    Tu te prépares à répondre. Mesure bien tes mots, utilise le bon timbre de voix et les bons gestes. Et tout se passera bien. Tu t'avances un peu, délicatement.


« Le peuple d'Ethietor cherche à passer un accord pour récupérer vos enfants, les « Maudits ». Ils possèdent des climats plus favorables et à l'abri des attaques incessantes des créatures abyssales, et se trouveraient donc en sécurité. (tu ne sais même pas de quelles créatures tu parles, tu ne les as pas vues.) Ethietor ne vous ayant jamais attaqué, c'est une nouvelle preuve de bonne foi. Bien sûr, il y aura une contre-partie de leur part. Mais laissez-moi d'abord me présenter. Mikaeus, de Saltus, chargé de négociation avec votre peuple, pour le bien des deux parties. »


    Et tu lui tends la main, sans vraiment réfléchir, par automatisme, sûrement.

 
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Desdemone

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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Dim 15 Déc - 10:46

Desdemone écoutait ; sans comprendre. Elle hocha gravement la tête lorsqu’il parla des monstres. Les créatures abyssales dégueulaient en un flot continu, et pour les avoir vues, elle n’aurait pas souhaité rester longtemps à leur portée. Elle n’avait pas compris les ondins, n’avait pas compris leur folie, leur instinct de combattants qui les poussait à se battre plutôt qu’à fuir. Peut-être, cela dit, que les monstres seraient partout au travers des Mers comme les parasites de Lunn, aujourd’hui, s’ils n’étaient pas là pour faire rempart. Peut-être n’auraient-ils plus de cité. Peut-être seraient-ils un peuple faible, vulnérable, plutôt qu’un peuple de guerriers. Vers de terre qui se cachent de la lumière. Peut-être se seraient-ils même éteints. Mais là n’était pas l’intérêt des propos de Mikaeus.

Mikaeus. Il s’était présenté. Avait mis un nom sur son visage. A nouveau, elle ne se trouvait plus en terrain connu. Les phrases longues, les vouvoiements, les explications, les arguments lui donnaient mal à la tête. Elle était habituée à des rapports tellement rudimentaires – à des tutoiements hachés, à des conversations extrêmement pragmatiques, des conseils sur l’endroit où aller, où trouver de la nourriture, les bancs de créatures à éviter ici… Les ondins de Lunn se présentaient rarement – à quoi bon mettre un nom sur quelqu’un qu’on ne verrait bientôt plus, quelqu’un qui allait probablement mourir devant nos yeux ? Ils n’étaient pas masochistes ; ils évitaient autant que possible les contacts amicaux, se contentaient d’alliances où le respect mutuel était le mieux qu’on puisse leurs demander. Ils ne s’attachaient pas. Jamais. Et voilà que le centaure lui tendait la main. Le malaise lui tordait les boyaux. Mais qu’avait-elle à perdre, ici ? Elle était Immortelle, ou en tout cas se le croyait. La survie n’était plus un enjeu ; quoi d’autres pouvait donc importer ?

Elle prit sa main, mais elle savait qu’il sentirait sa réserve, son envie de la retirer aussi vite que possible.

- ..Desdemone, fille de Desdréa.

C’était bien la seule attache qu’elle pouvait reconnaître – celle de celle qui lui avait donné la vie. Celle avec qui la lutte avait commencé. Elle n’avait jamais compris sa mère – elle s’était promis de ne jamais affliger la vie à qui que ce soit.

Le marché devrait répondre à sa question – Quels pouvaient être les enjeux des âmes, dans un univers où l’idée de survie n’avait plus aucun sens ? Et pourtant ce que Mikaeus lui disait ne percutait pas, lui semblait irrationnel. Elle répéta, comme pour être sûre.

- Vous voulez offrir une protection à des enfants dans un univers où la mort n’existe pas ?

Elle en avait vu assez pour savoir que ces Enfants, maltraités qu’ils puissent être, ne mourraient pas plus que les adultes. Ils voulaient les arracher à leurs peuples d’origine, pour leur bien ? Et comment feraient-ils, ondins sur terre ? En quoi les enfermer dans une bulle serait-il positif pour eux ? Et pourquoi, surtout ? Pourquoi ?

Mais ce n’était même pas cette idée-là qui la surprenait le plus, et elle ajouta dans la foulée, détachant ses mots, lentement :

- Vous seriez prêts à payer pour mettre des enfants en sécurité ? Pas seulement à le leurs offrir, mais à faire un sacrifice pour eux ?

Elle explosa de rire.

- C’est complètement absurde.

Personne n’aurait jamais fait le moindre effort pour sa propre existence. C’était à chacun de se battre pour lui-même. Qui serait assez stupide pour vouloir protéger autre chose que sa propre personne ? Pourquoi Ethietor aurait-il ce mouvement altruiste, coûteux même ? Elle ne pouvait pas y croire, pas un seul instant.

- Il doit y avoir une autre raison… Une raison pour laquelle les Maudits sont recherchés…

Elle leva les yeux vers Mikaeus. Lui devait savoir – pourquoi Ethietor tenait tant à ce marché. Etait-elle ennemie à ses yeux, être pouvant lui refuser ce qu’il souhaitait récupérer ? Il y avait tant de paix dans son discours. Elle devrait peut-être lui dire qu’elle n’était pas celle qu’il cherchait.

- Ne vous méprenez pas ; je me fiche bien de savoir s’ils vivent dans les Mers Sauvages ou dans celles d’Ethietor. Mais je suis curieuse. Qu’ont-ils donc de si spécial, ces Enfants ?
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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Sam 4 Jan - 12:08

Mésentente cordiale


    Tu serres la main de celle que tu crois être l'émissaire du peuple Odin. Mais tu commences à te poser des questions. Elle n'a pas du tout l'air à l'aise, lors que ta main se retrouve dans la sienne pendant une poignée de seconde. Est-elle habilitée au dialogue avec d'autres civilisations ? Ou peut-être est-ce juste le stress, le même stress que toi, tu parviens à cacher, sous tes airs de grands centaures. C'est facile pour toi. Un air fier, un vouvoiement, un respect dans tes paroles. C'est toujours les mêmes formules. Efficaces, certes. Mais je me demande ce que tu vaux dans une relation qui se prolongerait. D'ailleurs, est-ce que cela peut arriver dans un univers qui en compte plusieurs, au final ? Tu verras bien.

    Desdemone, tu t'en souviendras, si-fait. Fille de Desdréa ? Tu n'es plus le fils de personne, toi. Ton père n'est qu'un visage lointain qui s'éloigne de plus en plus vers les océans brumeux de l'oubli. Très vite tu as été éloigné de tes attaches pour être formé. Un protecteur d'un endroit que ton peuple considérait comme sacré.

Tu as failli.

« - Vous seriez prêts à payer pour mettre des enfants en sécurité ? Pas seulement à le leurs offrir, mais à faire un sacrifice pour eux ? »

    Ce rire. Il ne te semble en aucun point bienveillant. Qui est-elle ? Mais elle marque un point, tu n'as pas expliqué les raisons de cette demande. Ethietor n'est pas du genre à offrir sa protection gratuitement. Et encore moins à payer pour protéger. Cela aurait été le monde qui tourne à l'envers. Tu connais très bien les véritables raisons, ce qui se cache derrière toute cette manigance. Mais tu es quelque peu naïf. Tout ce que tu retiens toi, c'est qu'un peuple persécuté pourrait se retrouver en sécurité du regard des autres et des créatures abyssales. C'est cette raison qui te motive, sinon, pourquoi aurais-tu accepté ?

-Ne vous méprenez pas ; je me fiche bien de savoir s’ils vivent dans les Mers Sauvages ou dans celles d’Ethietor. Mais je suis curieuse. Qu’ont-ils donc de si spécial, ces Enfants ?

    Elle s'en fiche ? Tu as ta réponse. Tu n'as fait que rencontré une ondine, qui apparemment s'en fiche de son propre peuple. Tu lui poseras des questions, un peu plus tard. Après lui avoir expliqué les tenants et aboutissants du marché d'Ethietor et de ta venue. Une histoire de contrôle territoriale. Tu fais une légère grimace imperceptible. Tu ne bouges pas de ta place, tu vas d'abord répondre.

« Vous savez comme moi que les habitants ayant conservé leur enveloppe enfantine même après les années passées sont considérés comme maudits et persécutés. Mais vous avez raison. Outre l'aspect de la protection, cela permettrait à Ethietor de récupérer certains territoires auxquelles ils tiennent. »

Tu t'avances. Finit de rigoler. Si elle n'est pas celle que tu cherches, alors elle s'est joué de toi.

« Mais j'aimerais d'abord savoir qui êtes-vous réellement ? Vous n'avez rien à voir avec ces ondins, n'est-ce pas ? »

    Et tu verras bien sa réponse. Tu n'es pas agressif dans ta façon de parler. Tu cherches juste la vérité, car peut-être as-tu donné des informations cruciales à quelqu'un d'ennemi. Elle t'apparaît pourtant neutre pour l'instant. Mais son rire résonne encore dans ta tête.

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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Sam 4 Jan - 19:13

La créature lui sembla soudain beaucoup moins amicale. Un retrait, dans son attitude – elle se tendit. Elle connaissait trop la méfiance pour ne pas la reconnaître immédiatement chez les autres, et ces signes étaient souvent précurseurs de danger. Elle essaya, pourtant, de contrôler la peur, de ne pas s’enfuir en courant. Ecouta la réponse, se força à continuer à le regarder dans les yeux.

Sa question ne présageait rien de bon. Il ne semblait pas belliqueux – mais elle sentait comme une colère qui gronde. Chez elle, c’est la peur que fait resurgir le mana rouge. Et la peur, si elle menait à des violences sans fins pour les habitants, menait, chez elle, à un départ rapide et irréfléchi. De préférence, loin. Très loin. Très, très, très loin.

Et pourtant elle ne voit pas d’intérêt à ne pas lui répondre. Objectivement, rien n’a changé – ils sont toujours tous les deux à discuter sur son bateau. Mais l’équilibre des forces avait basculé – et pas en sa faveur. Ca la mettait mal à l’aise – mais elle était déjà stressée au début de leur conversation.

- Je suis une ondine. Et s’il faut plonger sous l’eau pour proposer ce marché aux autres ondins, je suis prête à le faire – ça ne me coûte rien, et vous me paraissez dépourvu de branchies.

Regard amusé.

- Mais non, je ne suis pas l’une d’entre eux. Je suis sans faction.

Une force et une faiblesse. Elle réfléchit.

- J’ai quelque chose à vous proposer, Mikaeus de Saltus.

Qu’Ethietor recherche des territoires avait du sens. Mais comment utiliseraient-ils les Maudits pour ce faire ? Serviraient-ils d’appâts ? Pourquoi continuer à affirmer que le royaume voulait protéger les Enfants ? Elle n’y croyait pas une seule seconde. Son interlocuteur, pourtant, semblait y tenir tout particulièrement. Croyait-il véritablement à ce qu’il disait ? Elle fit sa proposition de manière prudente, guettant ses réactions.

- Nous allons nous rendre, tous les deux, à Ethietor. Là-bas, nous chercherons pourquoi ceux qui vous envoient tiennent tant à récupérer les Maudits. Parce que vous n’êtes pas l’un d’entre eux non plus, n’est-ce pas ?

Il parlait au nom du peuple d’Ethietor sans jamais s’y inclure.

- S’ils veulent en effet les protéger contre les persécutions, alors j’irai voir les ondins, et j’arrangerai le transfert. Si j’ai raison, et qu’ils ont autre chose derrière la tête… Et bien, ce sera à vous de décider ce que vous ferez, n’est-ce pas ? C’est vous, le seul véritable messager ici.

La curiosité est quelque chose de dangereux - mais les Maudits de ce plan lui rappelaient trop les Parasités du sien pour qu'elle ne ressente pas comme une vague onde de.. familiarité à leur égard.
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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Mar 7 Jan - 1:23

Prenez garde.



    Tu attends sa réponse, un peu plus proche d'elle que quelques secondes plus tôt. Tes sourcils sont froncés, évocateurs de ta méfiance et de la colère qui se tapis en toi, prête à ressurgir au moment opportun. Car deux choses la nourrisse : le fait que quelqu'un se soit peut-être joué de toi, et le fait que potentiellement, tu as failli à ta mission. Mais cette colère-là n'est réservée qu'à toi. Oh ! Combien perdrais-tu d'estime de ta personne si tu venais à échouer une nouvelle fois ? C'est la première mission qui t'es confiée depuis que tu as commencé à explorer le multivers. Tu tentes de te racheter après ton échec cuisant. Cet échec qui te poursuivra toute ta vie durant. Un goût amer qui te restera au fond de la bouche et qui viendra ternir toutes tes actions et réflexions. C'est pour cela que tu te battras. Il y a d'autres mondes que le tiens, et d'autres actions bienveillantes à engendrer. Tu n'es fait que pour cela, après tout, non ? Protéger. Certes, ton rôle ne se cantonnait qu'à une forêt, une entité non-vivante, certains te diront. Mais toi tu sais que la réalité est tout autre. Cette forêt était vivante et consciente, et elle comptait sur toi. Dans ta tête tu entends encore les échos de ses appels à l'aide, de ces cris d'agonie quand les flammes la consumaient. Ses cris qui te consument toi, dorénavant.

    On s'est joué de toi, oui. Mais ce n'est peut-être pas la personne que tu crois qui est à l'origine de cette mascarade. Car tu te rends compte que peut-être, c'est Ethietor qui s'est servi de toi à des fins beaucoup moins nobles que tu ne le pensais. Cela te paraissait pourtant logique, ou presque. Ethietor payait pour convaincre les Ondins de se séparer de leurs enfants, qu'ils aimeraient peut-être, dans le but de les mettre en sécurité, loin d'eux. Comme si Ethietor était un peuple extrêmement bienveillant. Bien sûr, tu es tout de même au courant, du moins un peu, de leur désir d'expansion territoriale, mais tu pensais que ce n'était que secondaire. Tout change maintenant, à cause, ou grâce aux mots de cette ondine. Ou alors, depuis le début tu n'as rien compris.

    Très bien, elle ne fait partie d'aucune faction. Elle l'admet alors ta colère se dissipe un peu, ton allure cherchant à impressionner de même. Car elle est tout de même disposée à transmettre le message. S'en fiche-t-elle réellement alors, de personnes de son espèce ? Tu essaies d'imaginer ce que tu serais capable de faire pour sauver un peuple de centaure. Tu n'en as tellement peu vu dans ta vie que l'idée d'appartenir à une espèce entière te semble profondément étrange, mais non désagréable. La seule centaure que tu as pu voir depuis ton étincelle, c'est celle que tu as rencontré sur le plan de Pthian. Une drôle de rencontre, n'est-ce pas ? Tu ne te serais jamais attendu à cela d'un premier contact avec un confrère. Oh, mais tu la sens, cette ambiguïté, n'est-ce pas ?

    Pendant que tu réfléchis, le temps continue de tourner autour de toi. Le bateau tout de fer bâti tangue sous l'effet des vagues et ton équipage semble muet, tous à vous regarder l'air intrigué. Tu les as déjà oubliés, eux. Ton attention est prise tout entière par cette Desdemone, fille de Desdréa. Et cette méduse. Tu as beau y faire abstraction, ne pas attarder ton regard dessus, tu verras qu'à un moment ta curiosité reprendra le dessus. Elle est plus forte que toi. Dans d'autres mondes, on dit que la curiosité est un vilain défaut.

"J’ai quelque chose à vous proposer, Mikaeus de Saltus."

    Comme les rôles semblent avoir changé ! Tu es venu proposer un marché, et maintenant c'est elle qui souhaite faire une demande. Tu es intrigué, ta tête se penche légèrement, l'air interrogateur. Est-ce en rapport avec ce que toi, tu as proposé ? Ne t'en fais pas, ta curiosité sera vite satisfaite cette fois-ci.

"Nous allons nous rendre, tous les deux, à Ethietor. Là-bas, nous chercherons pourquoi ceux qui vous envoient tiennent tant à récupérer les Maudits. Parce que vous n’êtes pas l’un d’entre eux non plus, n’est-ce pas ?"

    Ca non, tu n'es pas l'un d'entre eux. Perspicace, cette ondine, tu ne trouves pas ? Tu secoues simplement la tête en guise de réponse.

"S’ils veulent en effet les protéger contre les persécutions, alors j’irai voir les ondins, et j’arrangerai le transfert. Si j’ai raison, et qu’ils ont autre chose derrière la tête… Et bien, ce sera à vous de décider ce que vous ferez, n’est-ce pas ? C’est vous, le seul véritable messager ici."

    La notion de choix. Elle semble te la laisser entre les mains sans s'en soucier guère. Comme si tout reposerait sur toi, une fois toutes les cartes en main. C'est beaucoup de responsabilité, et sûrement un des premiers véritables choix que tu devras faire. Desdemone. Son attitude te semble étrangement incohérente. Cette question te tourmente toujours : Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Elle est prête à faire un geste pour son peuple, mais aussi à te laisser entre les mains leur avenir dans le cas contraire. Tu ne comprends décidément rien. Tu devras palabrer avec elle, longuement. Car apparemment, peut-être deviendra-t-elle une alliée de fortune contre un peuple qui t'a manipulé pour arriver à leurs fins. Elle aussi est curieuse. Elle n'a rien à voir avec ces ondins mais est prête à faire le voyage retour avec toi pour savoir de quoi il en retourne. Ta décision est prise.

« Votre proposition me semble légitime, Desdemone. Nous allons retourner là-bas. Si Ethietor s'est joué de moi ou de votre peuple, je ferais en sorte que cela ne soit pas sans conséquence, vous pouvez en être sûre. Je ne cherchais que le bien des vôtres, et aucunement à les berner de quelques manières que ce soit. Je ne suis pas d'ici non, et étrangement j'intuite que vous non plus.  Alors nous partons dès à présent et réglerons cette histoire le plus rapidement possible. Nous aurons à discuter pendant le voyage, je pense. »

    Tu ordonnes à ton équipage de faire demi-tour, cap vers Ethietor. Tu es déterminé et tu tiendras parole, ça ne sera pas sans conséquence. Ils ont peut-être utilisé ton désir de protection pour te manipuler. Dans ce cas là, ça bardera.

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Desdemone

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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Lun 20 Jan - 16:38

Desdemone sourit – mais ce n’était pas un sourire qui mettait à l’aise, c’était un sourire aigre, un sourire qui dévoilait ses dents étrangement pointues, ses dents d’ondine qui mord avidement dans le poisson cru qui s’approche de trop près. Des dents de prédatrice, bien qu’elle ait plus souvent été la proie, sur ce monde dont elle venait et où les ondins étaient plutôt vers le bas de la chaîne alimentaire.

Il la faisait rire, à parler de « son peuple ». Elle n’avait pas de peuple. Pas de famille. Personne. Et elle comptait bien faire en sorte que cela reste le cas. Sa mère avait choisi de créer une cellule familiale dans un monde brutal, et avait failli perdre la vie bien des fois à cause du bébé qu’elle ne voulait pas abandonner. Elle avait fini par la perdre – bien que ce ne soit pas la faute de Desdemone. Sa fille, pourtant, s’était toujours promis de ne pas infliger cela à quiconque. Et de ne pas dépendre de quiconque, non plus. Trop longtemps elle avait été sous la protection de Desdréa – et elle se serait sentie tellement, tellement coupable, si sa mère était morte alors qu’elles formaient encore un groupe, si elle n’était pas morte des mois après sa fugue dans les courants glaciaux de Lendilan. Elle ne voulait jamais avoir quiconque à sa charge. Sa propre vie était déjà un fardeau assez lourd à porter, une tâche assez difficile, sans y mêler d’autres êtres. La méduse était déjà une exception qui pesait sur son crâne, et elle n’en ferait pas d’autres. Jamais.

Alors ces ondins n’étaient pas son peuple. Ils étaient sa race, certes – les mêmes palmes, la même peau, les mêmes dents, les mêmes yeux translucides. Mais ils n’étaient pas son peuple et ne le seraient jamais. Parce qu’elle ne ferait jamais rien pour eux et qu’ils ne feraient jamais rien pour elle. Ils ne se protégeraient pas. Ils ne seraient pas non plus ennemis, mais uniquement parce qu’ils n’avaient pas de raison de l’être. Ils avaient déjà assez de prédateurs naturels sans s’en créer de nouveaux, artificiellement.

Elle hocha la tête.

Elle se moquait bien de savoir ce qu’il ferait, de savoir si Ethietor paierait ou non, ce qu’Ethietor avait fait – peu importait, peu importait. Elle était curieuse, voilà tout, et c’était lui, et non elle, qui mettait des valeurs sur les actions des uns et des autres.

- Je vous suivrai de l’eau – j’y suis plus à mon aise.

Et elle plongea.

La nage lui permit de se remettre les idées en place. L’eau était agréable, tellement agréable, tellement habituelle – elle s’y sentait plus vraie, sa peau ne crispait plus du manque d’humidité. Cela lui permit, dans un même temps, de mettre fin à la discussion – elle était beaucoup trop mal à l’aise sur la fin, et l’homme équidé s’imposait de plus en plus, par son maintien, sa taille, son expression. Il lui rappelait certaines pieuvres et certains êtres marins qui gonflaient leurs corps pour sembler plus gros et faire peur aux autres créatures, afin de faire peur aux prédateurs. Elle n’avait jamais compris – les corps des ondins étaient faits pour fuir, pas pour se battre, et ils n’avaient pas non plus les artifices des poissons clown et des poissons lunes. Faire face était plus effrayant qu’autre chose.

Le navire coupait rapidement les vagues, l’écume glissait le long de sa coque, et créait des courants inverses particulièrement violents ; elle dû s’éloigner un peu sur le côté, pour pouvoir garder un rythme soutenu, et devait nager à une vitesse assez impressionnante pour ne pas le perdre de vue. Elle arriverait bien après lui, c’était certain, mais au moins était-elle habituée à ce genre d’exercice. La vitesse avait tant de fois été salvatrice.

Elle avait mille questions en tête – « qu’êtes-vous ? » revenait sans cesse, à lui qui avait un corps si étrange. Il avait dit venir d’ailleurs – elle était simplement persuadée qu’il n’était pas d’Ethietor, mais il avait répondu comme s’il n’était pas d’Elage. Arpenteur, alors ? Et il avait deviné qu’il en était de même pour elle. Elle aurait voulu savoir pourquoi il donnait tant d’importance aux motivations des êtres de cet univers, savoir pourquoi il mettait tant de cœur à sa mission. Pourtant, lorsqu’elle sortit de l’eau, essayant de calmer sa respiration et les battements de son cœur si rapides après l’effort, pour rejoindre ceux qui l’attendaient depuis un certain temps, au vu des postures détendues des uns et des regards agacés des autres – « elle aurait pu rester sur le pont, quand même… » - elle ne dit pas un mot de tout ce qui se bousculait en son sein. Elle ne voulait pas s’intéresser, ne voulait pas esquisser le moindre lien. Le savoir était dangereux.

Suivant Mikaeus, ils se posèrent à l’écart, sur le pont, pour discuter de la marche à suivre. Il était bien évident qu’ils ne pouvaient pas simplement se rendre vers ceux qui avaient confié sa mission à Mikaeus pour leurs demander des comptes. Ils n’eurent pas longtemps à réfléchir, pourtant – Desdemone leva le bras, et tendit sa main vers un navire à quai pas très loin du sien.

Sous la surveillance d’humains, une douzaine de Maudits étaient guidés à l’intérieur de la coque métallique.
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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Sam 1 Fév - 18:42

Truth hurts.



   Le voyage retour est une occasion pour toi de réfléchir au plan d'action et surtout, à ta récente rencontre avec Desdemone. Alors qu'elle nage derrière vous et prend du retard, tu ne peux t'empêcher d'être fasciné par l'aisance avec laquelle elle se déplace sous l'eau. Fasciné par ce qu'elle est, car tu ne sais pas ce qu'elle est. Ton équipage reste silencieux et se contente de murmure pendant la durée du voyage. Ce n'est pas la seule à être sujette aux questions, ce que tu commences à remarquer. Tu préfères ignorer.


    Une fois arrivé, tu attends ta nouvelle camarade de mission qui ne devrait pas tarder. Tu cogites toujours. Aller les voir pour leur poser des questions, ce n'est pas une bonne idée. Il faut autre chose. Quelque chose de mieux, d'imparable. Tu veux la vérité.


   Elle arrive finalement, sous le regard de ton équipage, à qui tu dis d'aller faire ce qui leur plaît, ce n'est plus ton problème maintenant. Elle te suit et vous vous posez au calme pour discuter et cogiter. Tu ne parles pas beaucoup. A vrai dire, tu ne sais absolument pas quoi faire. Tu aimerais lui poser des questions sur elle et son histoire. L'endroit d'où elle vient, le pourquoi du comment, toutes ces choses. Mais tu te retiens car ne c'est pas le moment et que peut-être, une fois cette histoire conclue tu ne l'as reverra plus jamais. Elle semble être un électron libre qui agit selon sa guise et sans but précis. N'est-ce pas un peu ton cas ? Cette mission n'est qu'une accalmie dans la tempête de vide que représente ton existence. Une fois finie, tu te retrouveras sans but aucun, à voguer entre les plans cherchant désespérément le remède à ta culpabilité.


    Elle t'interrompt dans tes pensées. Tu suis du regard la direction qu'indique son bras. Un navire. Un navire sur lequel montent ce qu'ils appellent des maudits. Quel monde peut être assez fou pour considérer des enfants comme victime d'une malédiction ? Alors que la plus grande des malédictions est de devenir adulte ? Tu ne comprends pas. En tout cas ce que tu comprends, c'est qu'il n'y a plus de place pour la réflexion.


« On monte. Suivez-moi. »


    Tu ne lui laisses pas le temps de répondre, tu entames la marche vers le navire. Un garde semble vouloir t'empêcher de monter mais il te suffit de le bousculer un peu pour qu'il manque de tomber dans la mer. Tu n'as pas le temps de t'expliquer, mais tu devines déjà qu'ils ne vont pas être contents. Sans même savoir si Desdemone te suit, tu montes et te place au centre de tout le monde, histoire d'avoir leur attention. Tu vois les maudits se diriger vers les cales.


« Halte ! Tu regardes les maudits. Nous sommes ici pour des réponses quant à vos manigances. Je poserai une seule question, et je veux que ce soit ces jeunes gens qui me répondent. Dis-tu en fixant toujours le petit groupe de maudit. Où-est-ce qu'ils vous emmènent, et dans quel but ? »


    Tu n'es doué que pour cela, toi, l'attaque de front. Tu ne penses pas aux conséquences, aux facteurs non, pas de calcul pour toi, juste de l'action. Mais tu apprendras bientôt que ce n'est pas toujours le meilleur moyen de triompher.


Mais tu veux la vérité.

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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Mar 4 Fév - 12:09

Il était complètement fou.

Elle ne voyait pas d’autre sens à ses actions. Monter sur le bateau, et demander, simplement, une explication ? Se jeter en plein cœur d’un conflit potentiel ? Ça lui faisait froid dans le dos. Il était hors de question qu’elle se mette ainsi en danger. Lui était peut-être grand, massif, pouvait, savait se défendre ; elle était frêle, et pas à l’aise sur la terre ferme, encore moins sur un pont : ça bouge.

Elle hésita, longuement, sur le quai, à le suivre. Elle ne lui devait rien. Elle ne se sentait aucune obligation de rester avec lui. Mais il y avait la curiosité, passive, l’envie d’avoir la réponse à toutes ses questions. Alors elle s’approcha, prudemment – elle ne monta pas sur pont, ne suivit pas Mikaeus, mais s’approcha assez pour entendre leurs voix, collée au bois de la coque.

Un murmure s’élevait sur le bateau, comme en écho à celui de la mer. Elle entendait le brouhaha des voix, qui s’élevaient toutes en même temps, en vrac – « Qu’est-ce qu’il dit ? » « Je n’ai pas compris non plus. » « D’où il arrive avec ses grands sabots ? » « Qu’est-ce qu’il veut, en fait ? » « Pourquoi il pose des questions ? » « Il est bizarre. »

Un sentiment global de confusion, d’incompréhension, comme si Mikaeus venait d’un autre monde et n’avait pas su répondre à l’état d’esprit, à la façon de penser et de former le langage de ce peuple. L’un des Maudits finit par prendre la parole.

- Nous allons sur les Îles, travailler dans les mines, et avec grand plaisir. Ethietor nous demande si peu en échange de la possibilité de lever notre Malédiction !

Brouhaha d’assentiment, derrière lui, puis une autre voix s’éleva.

- Ca fait tellement longtemps que nous portons ce Mal. Si nous travaillons bien, nous serons délivrés.

- Mais vous… Vous aussi, vous êtes un monstre. Peut-être pouvez-vous venir avec nous. Vous êtes fort, vous n’aurez aucun mal à effectuer le travail manuel, et Ethietor peut peut-être vous aider ! Ne voulez-vous pas être humain ?

Desdemone tendit l’oreille. Ethietor aurait-il le pouvoir de déparasiter les êtres ?
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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Dim 23 Fév - 15:58

Et la Terre tremblera



    Excuse-moi du terme mais, ils déconnent là ? Tu es sûr d'avoir bien entendu ? Tu es peut-être un optimiste naïf, ce qui est un pléonasme, mais cela, tu n'y crois pas. Et tu as vite compris le petit manège d'Ethietor. C'est de la manipulation. Pure et simple. Depuis tant d'années maintenant les maudits sont persécutés dans un monde où l'apparence ne change jamais, et d'un coup, Messieurs de chez Ethietor trouvent une solution miracle où, tiens, comme par hasard il faut travaille rpour eux. Sans être payé, supposes-tu. Tu as envie de crier, d'exploser. Et ça ne tardera pas. Tes entrailles grondent, le tremblement de terre arrive.


« Vous êtes faibles. Vous êtes aveuglés par votre lâcheté. Depuis toujours vous vous laissez dominer sans répondre, prétendant être victime du sort, du destin ou de je ne sais quelle force en laquelle vous croyez. Une simple excuse pour ne pas vous battre. Et là, c'est votre plus grosse bêtise. De croire à ces boniments sans même vous poser des questions sur les réelles intentions de votre prétendu sauveur. Tu regardes l'équipage, les yeux pleins de colère. Et vous n'avez même pas honte. »

    Tu les comprends malgré tes paroles. C'est la seule chose à laquelle ils aient pu se raccrocher depuis des années. Ils y voient une porte de sortie à leur calvaire, leur malédiction. Tu viens de te rendre compte de deux choses. La première : tu comprends maintenant pourquoi les ondins ont reçu une proposition de paiement. D'autant qu'ils doivent être bien heureux de se débarrasser d'eux. Et deuxièmement, pourquoi pas des humains ? Pourquoi ne puisent-ils pas dans leur propre « réserve » de maudit ? Une sorte d'amour pour leur propre race ? Est-ce que le peuple est-il seulement au courant ?


    Desdemone, où est-elle ? Elle ne t'a pas suivit apparemment. A-t-elle fuit ? Non, elle semble bien trop curieuse, mais pas assez courageuse. Ce n'est même plus ton problème. Si elle te suit, tant mieux, sinon tu feras sans. Tu as l'habitude de travailler seul.
Même si tu as échoué.
Tu tapes du sabot.
« Bougez-vous ! Et si vous ne voulez pas, je le ferai à votre place. »
Sans attendre leur réponse ou une quelconque réaction, tu descends du navire et aperçois Desdemone.
« Je vais mettre fin à leur fardeau moi-même, tu en es ? »


    Encore une fois, tu vas agir à chaud. Pendant que tu sang boue, que le mana rouge te consume. Que crains-tu dans tous les cas ? Sur ce plan, tu ne peux mourir. Mais que craignent-ils ? C'est à double tranchant. Comme ta hache.
Tu as trouvé, enfin, un objectif éphémère. Car tu ne partieras pas de ce plan avant d'avoir résolu ce problème. Tu ne partiras pas sans avoir laissé ta trace (de façon positive, j'entend) dans cette société. Tu as reçu un pouvoir, presque une bénédiction. Alors il faut t'en servir, car si quelqu'un peut bien changer les choses, c'est toi. Vous, les arpenteurs. Etres animés par une étincelle. Bonnes ou mauvaises intentions, elles font bouger les choses.
Et toi, tu les feras trembler.

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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Lun 3 Mar - 21:54

Cette créature était effrayante.

Effrayante. Oh, elle pourrait continuer dans le même champ lexical, mais c’était décidément le mot qui convenait le mieux. A en faire pourrir les algues. A en faire s’éteindre les créatures des abysses. A en faire tomber les écailles des poissons. Tiens, même sa méduse tremblait, gélatineuse, et les tentacules bougeaient à une vitesse incroyable, comme si elles avaient pris un coup d’électricité, ou qu’elles voulaient s’enfuir au plus vite. Foudroyante. Voilà, cette créature était foudroyante.

Il tapait du sabot et c’était comme si les mers d’Elage allaient toutes valser à l’envers. Qu’elle irait s’enterrer vingt mille lieues sous les mers que ça ne suffirait pas à se cacher de sa colère.

Il fallait dire que son discours, sa voix rauque et grave, portait, vibrait de l’intérieur. Elle s’y retrouvait, un peu, dedans – elle retrouvait sa rage de vivre, à défaut de comprendre sa rage de protéger, elle comprenait cette colère contre la lâcheté, se laisser être victime, alors qu’elle avait dû se battre, se battre pour survivre. Et il avait raison – jamais elle n’aurait eu, comme les Maudits, le réflexe de s’appuyer sur une solution offerte par un autre. C’était ses griffes qui s’étaient enfoncées dans la méduse, sa vie qui avait coulé entre ses paumes. Se battre. Se battre, à la fin. Percer la surface et tous les envoyer paître. La colère du centaure commençait à l’atteindre, à l’emporter, elle avait envie de se jeter en avant, de gestes brusques, de violence – ça l’effraya tellement, de sentir tout cela en elle pour la première fois, que l’envie tomba d’un coup, pour laisser à nouveau place à la peur, l’anxiété, le désir de fuite, la recherche d’un peu de calme. Elle battit de ses paupières sans cils, rapidement. La proposition du centaure la fait trembler. Elle voudrait – partir. Fermer les yeux et retourner dans l’Entre-Monde, ne pas se mettre inutilement en danger. Mais il y a ce visage ciselé qui lui fait face. Le visage d’un combattant, qui ne se bat plus pour lui-même, mais pour un peuple entier. Elle ne comprend pas. C’est… surprenant.

Effrayant.

Foudroyant.

- Protège-moi.

Les mots étaient sortis tous seuls, balbutiements incontrôlés, et elle posa sa main sur son torse, geste inconsidéré, irréfléchi, qu’elle ne put réfréner, qui lui causèrent un frisson violent, visible, mais elle serra les dents et laissa sa main, levant ses yeux pour croiser les siens, se forçant à les laisser malgré son envie folle, son réflexe fou de les détourner, elle qui jamais n’était capable de faire face.

- Mikaeus de Saltus. Promets… Promets de me protéger, toujours, promets que je serai toujours en sécurité à tes côtés. Promets… Et je te suivrai partout sur ce monde, sur les mondes, je t’aiderai, je t’aiderai à délivrer tous les autres qui comme moi ont tremblé de peur et sont esclaves de règles qui les dépassent. Promets. Promets.

Supplication. Elle ne voulait. Jamais. Que cette force qu’elle voyait en lui, cette colère pure et naïve, soit un jour tournée contre elle.

Ce qu’elle venait de faire, de dire – si hors de caractère, le mana rouge oppressant autour d’elle – faisait trembler son corps par sursauts, comme si elle n’était plus à elle-même, et la méduse était folle, complètement folle, bougeait plus vite que jamais. Elle ne se croyait pas elle-même – et elle restait là, droite, prête à plier comme le roseau.

[J'espère que mon post te plaira autant que moi le tien, mais ça va être vraiment vraiment très dur I love you]
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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Ven 21 Mar - 19:14

Je hais les promesses.


   Pas une seule objection de leur part. A coup sûr ils n'ont même pas compris tes intentions. Et je ne suis même pas certain que tu aies compris les tiennes. Mettre fin à leur fardeau, c'est une belle idée. Mais, comment ? Tu veux t'énerver ? Tout exploser ? User de tes pouvoirs, de ta force et de ta hache ? Quel intérêt ? Si la mort n'existe pas, le dialogue ne serait-il pas la meilleure arme ? Non, et tu as peut-être raison. Ces hommes-là semblent prêts à tout pour remplir leur objectif ignoble, ils ne se laisseront pas faire la morale par un centaure venu d'ailleurs, certainement pas. Alors c'est décidé. Tu sais, on a voulu m'expliquer un jour que la force était le langage de ceux qui n'avaient rien à dire. Moi je dirais que c'est le langage contre ceux qui ne veulent rien entendre. Et de toute façon, tu n'as rien à dire, mais tant de choses à faire.
Et tu trouveras bien comment y parvenir.


    Tu attends sa réponse, pas si patiemment que cela. Cette fameuse ondine dont tu ne sais toujours rien si ce n'est qu'un virage du destin l'a mise sur ta route au moment opportun. Elle qui se fait discrète, qui t'a suivi sans broncher. A-t-elle réellement un désir de se battre pour uen cause ou est-ce simplement de la curiosité mal placée. Aucune idée. Mais là, tu remarques quelque chose. Il se passe un truc sur son visage, dans son expression, inexplicable.



  • Protège-moi.



   Oh, quelle surprise. Non là, vraiment, je ne m'y attendais pas. Et toi malgré ton visage que tu laisses sans expression, tu demeures tout autant surpris. Il y avait une sorte de mur, de tour qui semblait extrêmement solie. Une façade aux apparences indestructibles. Et en deux mots, elle s'est effondré car les fondations fragiles n'ont plus tenu le poids de la bâtisse. Tu n'as pas l'habitude de voir cela. Un masque d'assurance qui cache u visage apeuré et perdu. Est-ce de ta faute ? Est-ce toi qui lui a arraché ce déguisement pour la retrouver nue face à toi ? Mes félicitations. Tu sais ce que ça prouve ? Que tu es naturel et vivant. Un naturel pur. Attends un peu.


    Elle pose sa main sur ton torse. Incompréhensible. Son corps est parcouru d'un frisson et ton pelage se hérisse. Depuis combien de temps quelqu’un ne t'a-t-il pas touché autrement que pour te blesser ? Elle lève la tête et plonge son regard dans le tiens. Tant de choses dans ce regard. Et surtout, de la sincérité. Il se prolonge, elle le tient, ne fuit pas. Tu en serais presque déstabilise par cette nouvelle situation. Et comme d'habitude, tu ne comprends pas.


-Mikaeus de Saltus. Promets… Promets de me protéger, toujours, promets que je serai toujours en sécurité à tes côtés. Promets… Et je te suivrai partout sur ce monde, sur les mondes, je t’aiderai, je t’aiderai à délivrer tous les autres qui comme moi ont tremblé de peur et sont esclaves de règles qui les dépassent. Promets. Promets.

    Promets, promets. Tu te rend compte de l’occasion qu'elle t'offre ? Une chance d'avoir un nouvel objectif permanent, une raison de vivre, quelque chose à protéger. (Et ça, mais tu es encore trop immature pour le comprendre, une relation amicale.) Mais qu'as-tu fais pour déclencher ça ? Ce sont tes paroles. Tes mots se sont imiscer dans son esprit jusqu'à la toucher au plus profond d'elle. Elle s'est reconnue. Maintenant, tu aimerais connaître son histoire, son vécu, son passé qui explique son présent. C'est un marché qu'elle te propose, un pacte. Elle te demande de promettre. La dernière fois que tu as promis de protéger quelque chose.

Tu as échoué.

    Est-ce que seulement serais-tu de nouveau capable d'assumer une telle responsabilité ? Tu la regardes. Qu'est-ce que transmettent ses yeux ? De la peur ? De la gratitude ? De la détresse ? De la haine ? Voire de la manipulation. Incompréhension. On te demande du naturel.
Tu prends sa main dans la tienne. Elle est prête à te suivre. As se dévouer.
« Desdemone, fille de Desdréa." Tu laisses un silence, un suspens. Tu n'as aucune raison de refuser. Si maintenant elle est prête à se battre, pour toi, et surtout pour elle. Et dans le cas présent, pour eux. Tu en as peut-être autant besoin qu'elle.
« Si tel est ton désir et que tu es prête à me suivre, je te fais une promesse. Le vœu de protection ». Tu prends sa main et la lève du plus haut possible. Nous sommes une équipe, Desdemone. »
Ethietor ne perd rien pour attendre.





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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Dim 6 Avr - 16:55

Etait-ce de la peur, qu’elle lisait dans son regard, alors qu’il écoutait sa supplication ? De la surprise d’abord – puis du doute et de la peur, elle connaissait trop bien ces deux émotions pour ne pas les reconnaître. Mais comment pouvait-il douter, lui ? Lui qui n’avait qu’à taper du sabot pour faire trembler les mers ? Et en même temps l’espoir, un espoir fou. Il lui prit la main – elle déglutit, se sentant prisonnière du contact. Il la tenait, il pouvait la broyer s’il le souhaitait, et elle ferma les yeux pour contenir la crise de panique qui montait en elle. Les mots, les mots de protection ne changeaient rien à sa frayeur, cette frayeur qui avait toujours guidé chacun de ses gestes. Mais il lâcha sa main, après l’avoir levée, sans lui avoir fait le moindre mal, et Desdemone la récupéra prestement, croisant ses bras sur son ventre, et reculant d’un pas. Elle hocha la tête, en signe d’assentiment, pour dire qu’elle avait compris ce qu’il venait d’accepter. Mais peut-être ne le comprenait-elle pas – savait-elle ce que cela signifiait, de pouvoir compter sur quelqu’un pour être protégé ? Savait-elle ce que c’était, de ne pas avoir peur d’être approchée ou pire touchée par quelqu’un ? Non. Deux fois non. Elle ne savait pas comment ceci fonctionnerait, mais – la méduse venait de se calmer d’un coup, et les tentacules retombèrent, roides, au milieu de sa chevelure rousse. Ce que cette créature pouvait l’agacer… Symbiose, donner et recevoir, vivre et faire vivre, et elle avait l’impression, Méduse elle-même, de s’être greffée à une autre créature.

- Qu’es-tu, d’ailleurs ?

Elle lança un regard en biais à son corps chevalin. Puis baissa les yeux, incapable de le regarder encore.

Dans quel pétrin allait-il l’emmener, à vouloir sauver un peuple ? Elle leva la tête vers les Maudits. Ils voulaient changer – étaient prêts à tout pour changer. Et elle se sentait tellement impuissante face à eux. Déjà parce qu’elle n’avait jamais eu l’intention d’aider qui que ce soit, et que voilà que Mikaeus l’embarquait dans leur protection. Ils voulaient grandir, ils voulaient être complets, ressembler aux autres, changer de corps. Elle ne savait ni comment ils pourraient atteindre ce drôle d’objectif-là, ni où commencer à chercher un début de solution. Elle lança un regard perdu à Mikaeus.

- Et si Ethietor a vraiment le secret de leur Malédiction ?

En tout cas, ce peuple s’était au moins penché sur la question – où ils ne chercheraient pas à réunir les Maudits…

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MessageSujet: Re: Un dialogue de paix. [Desdemone]   Mer 7 Mai - 21:03


« Vous ne comprenez rien à rien, n’est-ce pas ? »

Une voix chétive. D’une des maudits, humaine et fluette. Banale, cachée à travers le groupe hétéroclite. Parmi les mi(ni)notaures, les loxodons à la trompe écourtée et aux défense de lait, et les quelques rares ondins de tribus sauvages, semblant plus encore à leurs penchants marsouins, elle ne faisait aucunement tâche sur ce pont aux allures de garderie planaire.

« Vous pouvez nous enlever ce fardeau qu’on porte depuis des lustres ? Qu’importe nos talents, notre corps ne peut suivre. Fatigue, faiblesse, absence de désir. À la merci du moindre danger. Vous pouvez comprendre ? Non. Non vous ne pouvez pas. Pas avec un corps comme le vôtre. Vous êtes une arme sur patte. Mais eux, ils peuvent. Eux ils savent. Eux, ils nous transforment. J’avais un ami, comme moi, maudit. Il leur a fait confiance. L’un des premiers ! Et maintenant, il règne. Oui, il est devenu fort, plus que vous ne pouvez vous l’imaginer. Il est maintenant Rrr… »

Une toux rauque inappropriée à un corps si frêle. D’une gorge encombrée de sang. Une dague dans la joue, dont le métal claque entre ses dents. Elle retire l’arme, à peine avant de s’effondrer sous la douleur, manquant de s’étouffer à chaque hoquet.

« Silence. On met les voiles. »

Un homme vous fait face sur le pont, ne faisant aucun effort pour cacher les trois dagues qu’il a entre ses doigts. Vêtu d’une longue cape rouge, de soie, sur laquelle tombent ses cheveux d’une teinte similaire, à peine plus nuancée, il se courbe pour vous saluer.

« Ertis du Vivécume. Ce navire est sous mes ordres, et par extension sous ceux de la Soie Ecarlate et de notre commanditaire Ethietor. Le Vivécume a pour mission d’escorter en sécurité ces volontaires. J’ai cru entendre quelques sottes revendications. Je vous invite à vous rendre sur place et déclamer à qui de droit vos remarques. »

Il claque la langue, et aussitôt se met en marche l’équipage. Certains invitent les enfants à se tasser dans quelques coins inconfortables tandis que les autres s’occupent des manœuvres diverses. Évidemment, en plus d’Ertis, quelques combattants vous encerclent, tous aux habits couverts de sang séché, coutume de ces mercenaires.

« En attendant, vous êtes mes invités. »

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