La Voie du Sacrifice



 

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 La Voie du Sacrifice

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Mael

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MessageSujet: La Voie du Sacrifice   Lun 23 Déc - 17:01


« Une guerre est juste quand elle est nécessaire. »
- Nicolas Machiavel


Dans sa tour, le prélat de la Forteresse de Nacre n'arrivait pas à trouver le sommeil. Il ne cessait de repenser à l'étranger qui lui avait promis la victoire pour sa forteresse et l'une des vallées tant convoitées.
Avait-il fait le bon choix ? Son dieu se montrerait-il compréhensif face au sacrifice qu'il avait dû accepter afin de sauver son peuple ? Dix hommes sacrifiés à cet étranger en échange d'une victoire pour tous les siens, était-ce mal ?

Le doute l'assaillait à chaque seconde un peu plus, mais il était trop tard pour reculer. A l'heure qu'il était, l'étranger devait déjà être sur le champs de bataille, à gagner sa guerre.

***

Mael accorda un bref regard au ciel couvert de nuages pourpres. Une pluie de sang ? Les sortilèges des hérétiques étaient d'une grossièreté sans nom, bien loin des homoncules que lui-même avait déployé.
Dix êtres pouvaient-ils renverser le cours d'une guerre où des milliers s’entre-tuaient chaque jour ? Il en était convaincu. Et l'Arpenteur n'était pas une victime de son ego, il savait ses créations à même d'ouvrir une voie sanglante dans l'armée ennemie et par là même remporter la victoire promise.

Ce ne serait que le premier acte d'une longue série, une première étape de son plan visant à offrir le contrôle exclusif du Multivers à l'humanité...

Chassant ces pensées prématurées, il reporta son attention sur le conflit en cours et se contenta d'un pas de côté dédaigneux un instant avant qu'une boule de feu n'explose à l'endroit où il se trouvait quelques secondes plus tôt.
Étouffant un bâillement, le sorcier fit un geste impérieux en direction du commandement ennemi et ses abominations passèrent à l'action.

La Garde Éburnéenne tranchait dans ce paysage de sang et d'acier par son armure de plaques ivoires ne laissant aucun interstice inutile, semblant aussi légère qu'une plume pour ses porteurs, tel l'exosquelette chitineux de quelque insecte sublime. Chaque plaque minutieusement gravée embellissait encore ces œuvres d'art mortelles.
Quant à leurs armes, apparemment taillées dans une substance similaire, mais aussi solides que le meilleur acier local, la simple contemplation de leurs lignes impeccables aurait pu occuper une journée entière dans la vie d'un artiste.

Comme issus d'un rêve, ils traversaient la mêlée avec une impossible efficacité qui fit la satisfaction du sorcier.
Mael avait passé des jours entiers à les façonner, chacun d'eux portait en lui le sacrifice d'un compagnon qui avait donné sa vie pour leur accorder cette nouvelle existence au service du bien.
Il les avait fait forts et pourtant agiles, lourdement protégés d'une armure qui était désormais autant partie de leur corps que leurs membres. Ils se battaient avec des armes issues de leurs propres ossements dont la densité avait été augmentée et la perfection de leur style n'était due qu'au fait que leurs esprits soient désormais liés au point de ne plus posséder aucune intimité les uns pour les autres.

La plus belle réussite pour un sculpteur de chair, arriver à concilier beauté et efficacité. La garde faisait la fierté de son créateur.

***
« Je ne sais pas comment vous avez fait, mais par le Glaive Solaire, une centaine de ces troupes et nous reprendrions le monde entier à ces raclures. »

Le Remodeleur se tourna dans la direction d'où provenait la voix. Le conflit s'était terminé quelques minutes plus tôt, par la fuite des troupes ennemies. C'était souvent le cas lorsqu'un chef tombait au milieu des combats, ses troupes se repliaient ou fuyaient pour panser leurs plaies et se choisir un nouveau leader.

Il reporta son attention vers son interlocuteur, un chevalier portant une armure en piteux état, couverte de sang et d'autres choses moins ragoutantes. L'homme était encore vaillant, la cinquantaine bien avancée, une chevelure poivre et sel, mais son regard vif portait un jugement incisif sur le monde. Mael lui répondit, quelque peu amer :

« Vous pourriez les avoir, seigneur Barnabas, si le prélat acceptait d'en payer le prix. »

Les négociations avec le dirigeant de la forteresse avaient pris du temps, et il avait souvent été à deux doigts d'y mettre un terme. Mais cela avait fini par payer. Il avait accepté de faire un test, de lui sacrifier dix hommes pour remporter une guerre qui durait depuis trop longtemps.
La victoire d'aujourd'hui et le support du chevalier permettraient peut-être d'en obtenir plus. Une armée complète assurerait la victoire de l'humanité sur Pracle et l'éradication des monstres la mettrait définitivement à l'abri des problèmes.

Mais ce bref moment d'autosatisfaction fut rapidement interrompu par une vision incongrue. Pointant du doigt la source de celle-ci - une jeune femme à l'allure exotique qui arpentait le champs de bataille d'une manière apparemment aléatoire - il demanda au chevalier :

« Cette personne fait-elle partie de vos alliés ? »

Suivant son regard, l'homme secoua la tête, se préparant à envoyer ses troupes l'aborder, mais Mael l'interrompit. Il allait s'en occuper. Le commandant ayant mieux à faire, il accepta bien plus facilement cette option qu'il ne l'aurait fait en temps normal. L'arpenteur prit congé et se dirigea donc vers cette invitée qu'il soupçonnait d'être, comme trop souvent, une collègue venue jouer le cheveu dans la soupe.


Dernière édition par Mael le Lun 23 Déc - 23:53, édité 1 fois (Raison : fermeture de balise et correction)
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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Lun 23 Déc - 23:24


C’était fou. Complètement fou.

Elle devait mourir pour que son Esprit guide celui des autres Esprits des Morts. Et si le passage l’avait bien menée hors de son univers, non seulement elle n’était pas arrivée dans les Plaines Venteuses mais dans l’Entre-Monde, mais ensuite, elle y était arrivée vivante. Ce n’était PAS normal. Elle se souvenait de brûler, de rentrer en transe, se souvenait d’avoir vu l’esprit du feu qui l’embrasait, se souvenait de son contact, et puis tout avait basculé.

Peut-être n’avait-elle pas bien compris sa tâche. Elle avait cru que la cérémonie consistait à se sacrifier, à mourir pour ouvrir le Passage. Mais peut-être sa mission était-elle beaucoup plus vaste qu’elle n’avait cru. Il y avait tant d’univers ! Et elle pouvait se déplacer entre eux ! Son rôle ne se limitait pas à aider les Esprits à quitter son monde, mais à les guider à travers le multivers… Et pour ça, il lui faudrait d’abord trouver le plan des Plaines Venteuses.

Elle était allée interroger les Archivistes à ce sujet, mais ceux-ci s’étaient montrés d’une inutilité flagrante et d’un mépris qui avait fait froncer son petit nez. A croire qu’ils ne savaient pas grand-chose du Multivers, finalement, à lui balancer des évidences comme « les esprits ne transplanent pas » et inepties telles que la multitude des royaumes des morts. Ils ne savaient rien des Plaines Venteuses. Et bien, c’est elle qui leurs apprendrait quelque chose, et en attendant, qu’ils étouffent sous leurs bouquins inutiles.

Si les Archivistes étaient incapables de l’aider, elle irait demander aux seuls en qui elle avait confiance pour avoir une connaissance digne de ce nom – les Esprits.

L’Entre-Monde, cependant, était un monde étrange, où entrer en transe lui était impossible. Elle n’y resterait certainement jamais longtemps – elle s’y sentait prisonnière, prisonnière de son corps, prisonnière du temps même qui ne semblait pas s’écouler. Un monde où les Esprits sont figés – un cauchemar vivant. Il lui fallait partir.

Elle s’était renseignée sur les plans les plus proches – et avait choisi Pracle. Rouge et Blanc. Là où elle avait le plus de chance de trouver un Esprit pour lui répondre.

Pracle était violent. Et elle l’avait découvert… violemment. Elle avait eu de la chance que les trois guerriers la trouvent, et attaquent le démon devant lequel elle s’était retrouvée. Ils l’avaient accompagnée à l’abri, lui avaient un peu expliqué la situation. Vaguement. Puis ils étaient repartis. Il n’y avait eu personne pour la retenir, quand elle s’était dirigée vers le champ de bataille – prudemment, cette fois. Pas discrètement, par contre – ses voiles rouges se voyaient à des kilomètres à la ronde. Encore à bonne distance malgré l’arrêt des combats, elle était entrée en demi-transe – entrant en contact avec le plan spirituel, sans pour autant que son esprit quitte physiquement son corps. Une transe complète lui aurait peut-être permis d’entrer en contact avec certains esprits en planant sur ce plan, mais c’était aussi plus dangereux de perdre son attache corporelle, et elle ne voulait, pour l’instant, qu’un aperçu.

Chaos complet sur le plan spirituel.

Il y avait bien les Esprits habituels, ceux des montagnes autour d’elle, ceux du vent. Habituellement, chaque Esprit se superposait à sa matérialisation sur le plan physique – plus ou moins. Le feu avait tendance à ne pas se tenir en place. Les seuls à voler vraiment librement étaient ceux des morts – ceux-là étaient partout sur les plans, invisibles aux yeux de ceux qui ne connaissaient pas les transes shaman. Les yeux révulsés, elle se releva, et commença à sillonner entre les corps. Elle ne voyait pas réellement ce qu’il se passait, ce qui était autour d’elle – elle ne voyait que les esprits. Et elle se sentait… complètement perdue. Plutôt que de voler librement, elle voyait les esprits des morts changer brutalement de direction, tirés par une force qu’elle ne comprenait pas. Elle finit par voir ce qu’elle cherchait : un esprit se réapproprier son corps d’origine, se rattacher à lui, retrouver une matérialisation physique. Comment était-ce possible ? Comment pouvaient-ils reprendre vie ? Qu’est-ce qui les attachaient ainsi ? Elle ne comprenait pas. C’était l’esprit des vivants qui les attiraient, ça elle pouvait le voir – mais comment un esprit vivant pouvait-il contrôler un autre esprit ? C’était contraire à tout ce qu’elle avait appris, contraire à tous ses principes. Est-ce qu’ils pouvaient la contrôler, elle-aussi, la forcer à rentrer ou sortir de son corps ?

Et il y en avait d’autres – d’autres pour qui c’était pire. Les esprits des morts, une fois à nouveau dans leur corps, reprenaient vie… C’était fascinant. Mais il y avait ces autres créatures. Des Esprits des morts, elle en était certaine, mais qui étaient debout, et rattachés au plan physique. Rattachés par deux au même plan physique, comme cousus ensemble, comme une déformation, un esprit forcé sur l’autre. Des Esprits dont se dégageait une souffrance effroyable. Ils étaient tordus de manière malsaine – complètement froissés, malléés, comme s’ils avaient été arrachés à eux-mêmes.

Elle n’avait jamais vu quelque chose d’aussi informe.

Elle voulait libérer les Esprits, et voilà qu’elle faisait face à des êtres qui les enfermaient et les torturaient. Il y avait des fils – des fils qui s’en dégageaient, et sur lesquels courraient, elle le sentait, les manas bleus et noirs. Elle les suivit de l’âme. L’Esprit auquel ils étaient rattachés s’approchait d’elle.

Elle avait toujours trouvé intéressant d’observer les Esprits. Ils dévoilaient les âmes des choses d’une manière étrange. Celui-ci était extrêmement grand – un géant, couvert de cicatrices aux entremêlements étranges qui lui rappelaient quelque peu ses propres peintures, bien que les motifs ne soient pas les mêmes. Esprit à Esprit, elle l’observa. L’ambition brûlait dans ses yeux. Dévorante. Si forte qu’elle en perdit sa transe.

Sur Pracle, les yeux de la Shaman, blancs jusqu’ici, se retournèrent, et ce sont des yeux verts qui se retrouvèrent plongés dans ceux aux reflets jaunes de l’humain qui lui faisait face, à distance convenable. Dans sa tête, l’esprit se superposait encore à lui. Décrochant son regard, elle tourna la tête, fit un tour sur elle-même pour chercher des yeux les Esprits déformés. Pris un instant avant de comprendre qu’ils ne pouvaient être que les hommes en armure d’ivoire. Plus loin, un mage faisait revenir un homme à la vie. Elle fronça les sourcils, et refit face à celui qui l’approchait. Il était… vraiment attirant. Maintenant qu’elle avait détourné une fois le regard, elle avait du mal à imaginer qu’il puisse être l’Esprit qu’elle avait vu un instant, qu’autant puisse brûler en lui. Et pourtant… Elle sourit, rejeta une mèche de ses cheveux en arrière, ses bracelets tintant au passage.

- Et bien, n’y aurait-il pas un guerrier pour avoir la délicatesse de ramener une femme perdue sur le champ de bataille en lieu sûr ?

Railleuse.
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Mael

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Mar 24 Déc - 0:52

S'approchant, Mael constata qu'elle avait les yeux révulsés. Étrange, faisait-elle un malaise ? Mais malgré ses mouvements un peu erratiques, elle semblait en forme. L'usage de drogues semblait donc à exclure également, à moins qu'il ne s'agisse d'une substance qui lui soit inconnue.

Son regard s'attarda sur elle, la détaillant. Ses voiles lui rappelaient des souvenirs lointains, d'une époque où il n'était pas Mael. Elle ressemblait à ces danseuses qu'on voyait parfois dans les oasis de la Mer de Sable, portant la marque de leur caste tatouée sur la peau. Un doute le prit, était-elle... ?
Non, les tatouages ne correspondaient pas. Même enfuies au plus profond de son esprit, les leçons sur leur signification étaient restées ancrées. Son professeur était mort, comme les autres, les danseuses, les guerriers, les marchands, les mendiants, les princes, tous morts... Mais il n'oubliait pas.

Il murmura pour lui même ce mot qui était son essence et sa raison d'être « Mael... » et son regard se fit un instant plus dur avant de se radoucir tout aussi rapidement. Patience, encore un peu, il y arriverait. Chassant ces pensées malvenues juste à temps pour entendre les paroles de la danseuse présumée, il répondit sur le ton qu'elle avait employé, ponctuant sa phrase d'un bref sourire :

« Ce serait avec plaisir, mais je ne vois nulle part de femme qui en ait la nécessité. Ou peut-être la cachez-vous derrière votre dos ? »

Comme lors de sa rencontre avec cet arpenteur dépourvu du moindre sens de la politesse, sur Solduinn, l'un des détails qu'il avait immédiatement perçu la concernant était qu'elle était physiquement très différente des locaux qu'il côtoyait depuis quelques semaines. Si elle était originaire de ce plan, elle devait venir de loin. Et ceux qui ne savaient ni se battre, ni pratiquer la magie ne quittaient que rarement les forteresses, en tout cas sans escorte.

De plus, elle ne portait sur elle ni arme, ni protection. Même en tenant compte d'une éventuelle tradition du combat à mains nues sur ce plan, c'était incongru. La magie donc. Elle était certainement bien plus dangereuse qu'elle n'en avait l'air. Mais elle avait le mérite d'être humaine, c'était déjà un bon point dans le système d'évaluation de l'Arpenteur.

« Néanmoins, si vous cherchez un lieu sûr, il suffit de suivre les troupes qui ne tarderont pas à reprendre le chemin de la forteresse.»

Il fit un geste en direction des soldats pour souligner ses paroles et poursuivit.

« Même si je dois vous avertir d'un détail qui pourrait avoir son importance, certains n'ont plus vu une femme depuis des mois. Et vos voiles mettent plus vos charmes en valeur qu'ils ne les dissimulent.»

Il se contentait de mettre en évidence la vérité. Bien que perfectible, à ses yeux perpétuellement insatisfaits, son apparence était plaisante et suffisamment mise en valeur pour qu'elle se remarque.

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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Mer 25 Déc - 13:37

Elle sourit, d’un grand sourire spontané, à sa réponse. Il l’amusait. Et il ne la prenait pas pour une sotte. Elle l’observait de ses yeux d’humaine, observait un jeune homme qui avait conscience de ses charmes, et elle cherchait en vain, dans les traits doux de son visage, à trouver les blessures qu’elle avait vues sur son esprit, et la force implacable, la volonté irrésistible qu’elle avait vue brillée dans son regard. Il n’y avait plus rien. Rien. Comment son corps pouvait-il être aussi déconnecté de son esprit ? Les esprits laissent toujours une trace sur la chair, leur force se dévoile dans les attitudes, les comportements, les expressions. Il était… intriguant.

Elle se méfiait évidemment – elle avait vu les fils qui le rattachaient aux cinq guerriers. Sur son plan, les Morts étaient respectés, honorés, et restaient libres de voguer sur le plan jusqu’à l’Eclipse où ils étaient libérés à jamais, où chacun faisait son deuil final. Les corps étaient brûlés pour qu’ils ne puissent jamais servir de prison – une légende shaman voulait qu’Onyekashi ait un jour été envahie par les morts-vivants, et que ce n’est que grâce au Grand Esprit que la Tribu avait survécu. Les rites funéraires avaient toujours été respectés depuis lors. Ici, sur Pracle, ils étaient trahis, emprisonnés, la mort n’était pas respectée et ceux qui tombaient sur le champ de bataille revenaient à la vie. A quel prix ? Ces humains savaient-ils seulement ce qu’ils faisaient ? Pourquoi ne respectaient-ils pas le cycle de la vie, pourquoi ne laissaient-ils pas les morts partir ? Bien que les ressuscités ne devaient pas s’en plaindre, avec leur vision tordue de ce qu’était la vie… Elle aimerait pouvoir brûler leurs corps, mais les mages étaient partout. Peut-être essaierait-elle, plus tard, de parler aux Esprits du Feu de ce plan. Quel serait leur prix pour protéger la paix des âmes ? Mais ce n’était pas ceux-là qui l’inquiétait le plus – plutôt ceux que le bel étranger contrôlait. Ceux-là souffraient. Horriblement. Et elle ne pouvait pas, en tant que psychopompe, laisser être une chose pareille. Il lui fallait trouver un moyen de briser leurs entraves.

Ekundayo Tichaona n’avait jamais manqué de confiance en elle, et une aura de force caramel se dégageait de sa personne. Elle n’avait pas peur. De rien ni de personne. Elle avait cependant fortement conscience de ses limites. En l’occurrence, elle n’en savait pas assez sur Pracle, et de très loin, malgré les informations glanées à la Bibliothèque Universelle. Elle n’en savait pas assez sur lui, non plus – le marionnettiste, avait-elle envie de l’appeler. Sa plus grande force restait son toupet sans bornes – elle était ici dans un monde en guerre, un monde de combattants, et elle savait parfaitement ne faire le poids face à aucun d’entre eux, qu’ils soient démons ou humains. Il ne faudrait pas qu’elle se fasse tuer stupidement. Lançant un regard provocateur à son interlocuteur, elle répondit, taquine :

- Croyez-vous sincèrement qu’ils oseraient ?

Elle savait pouvoir leurs tenir tête. Elle lui prit pourtant le bras, se plaçant à côté de lui de manière à pouvoir l’accompagner.

- Mais il me semble que je suis déjà en lieu sûr à vos côtés.


Les cadavres jonchaient le sol, les corbeaux croassaient en dessinant des arabesques nocturnes dans le ciel. Les guerriers de sa tribu étaient si peu nombreux, en comparaison avec le nombre de soldats de cette armée. Le combat avait un tout autre sens, une toute autre échelle. Elle reprit la parole.

- Je m’appelle Ekundayo Tichaona. Dites-moi – que voyez-vous, en regardant autour de vous ?

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Mael

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Mer 25 Déc - 19:03

Elle lui accorda un sourire en réponse à son trait d'esprit, ce qui éveilla une pointe de chaleur au fond de lui. Qu'il réprima presque aussitôt.
Il aurait pu céder, chercher à la découvrir, se perdre dans ses yeux et devenir aveugle à ses défauts, apprécier chaque seconde passée à ses côtés, se lancer à corps perdu dans un jeu visant à gagner ses faveurs... Tout cela aurait pu être amusant, reposant.
Si les choses avaient été différentes, il l'aurait fait volontiers, mais il était Mael et son devoir envers les siens passait loin devant toute forme de satisfaction personnelle. Chaque jour où il se reposait, des millions de gens souffraient et mourraient aux mains des monstres.

Il s'apprêtait à répondre à sa principale question par une pirouette, mais elle trouva d'elle-même la vérité. En effet, tant qu'elle serait avec lui, elle ne craindrait pas grand-chose. Il se considérait, non sans une pointe de fierté, comme l'un des êtres les plus dangereux de ce plan. Cependant, il frissonna lorsqu'elle lui prit le bras. Il n'avait pas l'habitude que quelqu'un soit aussi familier avec lui. Mais il ne la repoussa pas, même la part la plus calculatrice de son être trouvait la situation plus avantageuse ainsi. Et lorsqu'elle se présenta, dévoilant un nom à la surprenante complexité, il lui répondit, affable :

« Enchanté, je suis Mael. »

Quant à ce qu'il voyait ici. Comment l'expliquer ? Définir tout ce qui se jouait sur ces champs de bataille, toute la portée qu'aurait cette victoire pourtant incomplète dans le cœur des habitants de la Forteresse de Nacre, il y avait un mot pour définir cela. Plusieurs. Même si certains les avaient dévoyés tant et tant que leur sens se perdait.

« Je vois l'espoir apporté par le triomphe du bien sur le mal. Je vois des héros sacrifiés pour une cause plus grande qu'eux. Je vois les prémices d'un âge d'or pour l'humanité si celle-ci consent à quelques sacrifices de plus. »

De tous les plans, Pracle était celui qui résonnait le plus avec la philosophie de l'Arpenteur. Chaque jour, les hommes luttaient pour survivre face aux hordes de monstres qui surgissaient des ombres. C'était un combat pour la survie et il comptait bien accorder la victoire à son camps. En fait, il en perdrait volontiers la moitié tout de suite si cela pouvait assurer le bien être des générations futures.

« Mais peut-être est-ce une vision trop globale et abstraite de la guerre et de ses conséquences ? »

La guerre était laide, oui. Mais ce n'était pas pour elle-même qu'il fallait la considérer. Non, ce qui importait, c'était l'enjeu. Il tâchait de ne pas être trop ardent dans ses propos, mais ses convictions restaient imprimées en filigrane dans chacune de ses paroles. La guerre l'accompagnerait encore longtemps, c'était un mal nécessaire.
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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Mer 25 Déc - 21:22

Ma El. Des noms si courts qu’ils en étaient surprenants, qu’il n’avait dit que deux syllabes qu’elle attendait encore la suite, et il lui fallut un certain temps avant de comprendre qu’il n’y en aurait pas. Ma – « Le vide entre les choses ». El – « Dieu », « Pouvoir ». Encore un instant pour comprendre que ce n’était pas ses deux prénoms, mais un seul, qu’il avait fait la liaison, plutôt que d’aspirer le son. Mael - « Prince »… Prince de quelle tribu ? Et s’il n’avait qu’un nom, était-ce qu’il n’avait connu qu’un seul de ses parents ? Ou bien… Il lui fallut encore un instant pour prendre conscience des sottises qu’elle proférait mentalement ; elle n’était plus sur Onyekashi, les traditions n’étaient pas les mêmes, et peut-être était-il tout à fait normal qu’il ait un nom aussi court, ici.

Alors elle se contenta d’écouter, en regardant toujours, autour d’elle, ce terrain de guerre qui n’avait rien à voir avec celui qu’elle avait traversé tout à l’heure, sur le plan spirituel, alors qu’il était pourtant exactement au même endroit. Essayant de voir par ses yeux.

Elle l’entendit alors – la Chose qui le brûlait de l’intérieur. A peine. Simple esquisse. Suffisamment. Ça la rassura – elle n’aimait pas l’idée d’un esprit arraché à son corps. Elle pouvait encore lui faire confiance pour se montrer tel qu’il était, malgré les apparences, et puisqu’elle l’avait vu sous sa forme la plus pure, elle saurait l’entendre sous les voiles des paroles. Elle aimait envoyer la flèche au cœur des choses, s’agaçait, impatiente, lorsqu’elle avait l’impression de tourner en rond. Et sa réponse, miroir d’une vérité, lui plut pour cela. Ses épaules furent secouées, secousse qui s’éleva pour faire vibrer jusqu’à sa gorge, et c’est un rire chantant qui s’enfuit entre ses dents blanches.

- Nous nous ressemblons.


L’idée la faisait encore sourire après coup – lui qui parlait de héros sacrifiés pour une cause plus grande, et elle qui s’était sacrifiée elle-même pour une cause plus grande aussi - mais la cause des morts. Ils mourraient pour la vie et elle mourrait pour la mort. La torche valsait dans la pénombre de ses souvenirs. Ils savaient tous deux ce que signifiait devoir payer le prix ; parce que tout a un prix. L’énergie traverse les plans mais là où elle était la voilà qui n’est plus et là où elle va un vide se comble. Elle plus que quiconque comprenait à quel point, elle qui s’amusait à triturer et trifouiller les Esprits. Les Esprits ne trichent pas. Et ils savent reprendre ce qui leurs est dû. Ekundayo Tichaona avait appris très jeune à tenir ses promesses. Elle avait appris à se sentir libre, complètement libre, à choisir ses entraves, à s’en libérer, et à ne jamais oublier que chaque mouvement mène instinctivement aux suivants. Comme une danse. Tournant son visage vers Mael, elle ajouta, le jeu brillant encore dans ses yeux.

- Quoique nous ne sacrifions pas les mêmes choses pour les mêmes choses.

Elle effacerait la souffrance de ces êtres. Il était prêt à sacrifier le présent des vivants pour le futur des vivants – et il avait peur que cette vision soit trop globale ? Il lui semblait voir plus loin encore – voir l’éternel trépas s’étirer pour rendre son humanité dérisoire.

- Serais-tu prêt à souffrir et mourir pour cette cause ? Si tu savais cet âge d’or possible à la condition seule que toi, tu te sacrifies pour lui, le ferais-tu ? Aurais-tu assez de foi en la justesse de tes certitudes pour le faire, pour être toi-même le dernier trait d’espoir ?

Le « tu » était venu tout naturellement ; elle avait toujours été d’une nature familière, à faire le pas vers les autres et à ignorer, méprisante, les barrières que les gens construisaient autour d’eux. Elles n’existaient pas, pas pour elle en tout cas, et si le vous avait répondu au vous, l’échange de prénoms renvoyait un coup de pied dans la balance. Il y avait toujours un défi, dans sa voix, dans son regard, comme si elle attendait de savoir si, oui ou non, il était à la hauteur…
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Mael

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Mer 25 Déc - 22:08

Un rire ? Voilà qui était plutôt inattendu. Un vif « Vraiment ? », dubitatif, presque amusé, s'échappa de ses lèvres pour toute réponse à leur ressemblance évoquée.
De même, il se montra dubitatif quant à leurs sacrifices respectifs. Que savait-elle du sien ? Rien, certainement. Rien du poids qui reposait sur les épaules et dont il avait fait son leitmotiv, rien de la fureur glacée qui l'habitait en permanence et menaçait de poindre lorsque ses yeux se posaient sur un non-humain, un "monstre" comme il les appelait.

Soutenant son regard face à ses dernières paroles, la laissant lire la vérité en lui si elle en était capable, il répondit :

« La mort est un sacrifice trop simple, trop facile. Je pense qu'il ne suffirait pas, mais si c'était le cas, je mourrais volontiers pour cet idéal. »

Mais qui, alors, aurait pu l'accomplir ? Qui d'autre que lui aurait pu protéger son peuple ? N'est-ce pas son rôle ? Celui que la vie lui a donné ? Perdre la vie au combat comme les héros d'aujourd'hui n'est pas ce qui l'attend. Non, lui doit survivre jusqu'à la fin. Commettre toutes les atrocités, pousser le multivers s'embraser devant le courroux d'un seul homme portant en lui le désir de vengeance d'une humanité bafouée, vivre les mains rougies de sang, les noms des sacrifiés marqués au fer sur des pans entiers de son esprit.
Il détourna les yeux, les posant sur les cinq silhouettes ivoire, plus loin. Kaleb, Marcus, Gabriel, Benedict, Fabius, Henrik, Remo, Kieran, Vitali, Naël, les dix sacrifiés qui formaient les cinq premiers homoncules de ce modèle.
Ils n'étaient que les premiers d'une longue, très longue série. Lorsqu'il en aurait terminé, il dédierait un plan entier à leur courage. Un monument éternel aux véritables sauveurs de l'humanité.

Devenir un monstre pour venir à bout des monstres. Tel était peut-être son réel sacrifice.
Cependant, son esprit n'était jamais complètement obstrué par ses émotions et c'est cela qui lui permit de mettre le doigt sur un détail, elle avait parlé de sacrifice. Quel avait été le sien ?
Adoptant le tutoiement, puisqu'il semblait de circonstance, il lui posa simplement la question :

« Tu parles de sacrifice comme si tu en savais quelque chose, mais toi, qu'as-tu sacrifié ? »

Il avait détourné les yeux de ses créations pour revenir les poser sur elle, en attente d'une réponse, brillants de curiosité. Il était profondément intrigué par la jeune femme à ses côtés, mais la méfiance - conséquence d'une paranoïa souvent salvatrice -restait bien présente dans ses pensées.
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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Jeu 26 Déc - 22:59

Il balaya sa proposition de sacrifice comme quelque chose de dérisoire, et elle releva légèrement le menton, les yeux remplis d’approbation. Non seulement elle avait été prête à mourir pour son peuple, mais elle l’avait fait, sans une hésitation, sans un tremblement. Elle savait que ce sacrifice, qui pouvait paraitre impossible à d’autres, lui avait été naturel, l’élan spontané d’une âme qui virevoltait sans attaches. Parce qu’ils s’écrivaient tous des barrières. Qu’ils donnaient de l’importance à leur vie. A leur corps. A leur liberté. A leurs possessions. A beaucoup d’autres choses encore. Des choses qui lui importaient aussi, certainement. Mais elle avait de ces moments où elle oubliait toutes les conséquences que pouvaient avoir un acte, ou l’attrait du risque pris, du jeu, des enjeux dans la balance, devenait trop fort, l’appelait comme un aimant. Et si elle mettait tout dans la balance, et perdait ? Alors quoi ? Alors tous tombaient dans un précipice sans fond où il leurs était impossible de vivre sans ce qu’ils avaient perdu. Il lui semblait, à elle, que tout ça n’était qu’un labyrinthe psychologique étrange, dont elle avait envie de se libérer pour s’amuser. Après tout, elle était morte et avait cru beaucoup de choses sur les conséquences de cette mort – et aujourd’hui elle était sur Pracle, à discuter avec un tordeur d’âmes. Si ce n’était pas la preuve flamboyante de la stupidité des croyances humaines sur le domaine du possible, de l’impossible, et des conséquences de la perte de ce qui est cher… Elle savait qu’elle ne « mourrait » de rien. Elle savait que mourir n’avait aucune importance. Et il lui semblait alors que tout n’était que mouches volantes. Mais elle était psychopompe. Parce que d’autres se tordaient de douleur à ce qui devrait les faire rire. Que Mael ait une vision beaucoup plus large, qu’il voit bien plus loin que ce « sacrifice » qui n’en était un que de manière littérale, c’était bien la seule chose qui le sauvait de son mépris. Elle se pencha à l’oreille de Mael. Murmura.

- Je sais ce dont tu es capable.

Il interpréterait comme il le voudrait. Comme le fait qu’elle comprenne jusqu’où il était capable d’aller pour son idéal. A quel point le fait de ne pas avoir l’intention de se sacrifier pour sa cause n’était pas symbole de pusillanimité. Ou qu’elle sache ce qu’il faisait déjà. Ou un peu de tout ça… Elle n’avait aucune intention de lever le voile de l’ambiguïté. A sa question, elle répondit par une autre question.

- Ne sais-tu pas que lorsque quelqu’un pose une question, il parle souvent de lui avant de parler de l’autre ?

Il n’aurait qu’à lire entre les lignes pour trouver sa réponse. Mais sa question créait un effet boule de neige, en amenait tant d’autres – qu’était-elle prête à faire pour libérer ses créatures de son contrôle ? Parce qu’il avait raison – la mort était un sacrifice bien trop simple. Ca avait été le prix à payer pour ouvrir une porte, mais elle en avait tant d’autres à ouvrir encore. Il lui fallait trouver les clefs, les clefs des passages entre les mondes. Les clefs qui lui permettraient de faire traverser les esprits. Elle pouvait sans peine basculer d’un univers à l’autre – mais comment faire pour accompagner les Esprits avec elle ? Et avant ça, comment faire pour trouver la bonne porte, l’univers où elle devait les conduire ?  Mais ces questions étaient déjà trop larges – comment pourrait-elle y répondre si elle n’était pas capable de réagir face aux cinq monstruosités qui l’entouraient ? Elle lâcha le bras de Mael, et se plaça face à lui. Instinct étrange, acte spontané, le besoin d’embraser ses valeurs et de ne pas les cacher…

- Je ne brûle pas du même feu que toi. Mais maintenant, je vais te montrer ce dont moi, je suis capable pour ma cause. Protège-moi.

Protège-moi. N’y avait-il pas mouvement plus stupide que de mettre ainsi son corps entre ses mains, alors qu’il n’allait probablement pas du tout, du tout, du tout apprécier ce qu’elle s’apprêtait à faire ? Mais le goût du risque tremblait sur ses lèvres ; le « et si ? », la curiosité, insatiable, de savoir ce qu’il se passerait. Elle s’assit par terre, en tailleur, les mains sur ses genoux, ferma les yeux, et commença à respirer de plus en plus lentement, de manière à peine perceptible – un moment elle était là, consciente du monde qui l’entourait au travers de son corps. L’autre, elle ne l’était plus, était absente, inconsciente. En transe complète, cette fois, son esprit quitta son corps, qui resta là, immobile, et qui ne répondrait à aucun stimulus tant qu’elle ne l’aurait pas réintégré. Il était à la merci totale du monde physique. Elle, au-dessus, planait.

Esprits de Lumière.

Elle les Appela à elle. La vision ne se faisait pas par les yeux, sur ce plan – et elle projeta vers les homoncules. Elle projeta l’image des Esprits tordus par la souffrance, par le mana noir et le mana bleu. Elle projeta l’idée du viol commis sur leur essence-même. Elle projeta l’image de chaînes brisées, l’image d’une lumière, d’une énergie pure qui ferait fondre le noir et s’évaporer le bleu. L’idée de leurs esprits soudain libres. Une question, à la fin, comme une épée de lumière.

Sur le plan physique, la lumière environnante sembla soudain plus forte, comme si un nuage venait de disparaître de devant le soleil. Sur le plan spirituel, ce fut comme un rayon, ou un serpent de lumière, qui lui tourna autour en un cercle parfait.

Nous le pouvons.

Dans sa tête, éclatèrent alors des images. Des hommes qui priaient. Un commandement. Une montagne, au milieu de terres démoniaques où des monstres informes sillonnaient. Puis une lumière, sur cette montagne, un brasier si imposant qu’elle le vit de loin, tout à coup placée à l’autre bout du plan, dans le paysage nocturne, et elle comprit, sans le voir, à quoi cette lumière miraculeuse serait liée, elle ressentit la foi de cette humanité déchirée, l’espoir aussi. Une question, de la part des Esprits – savoir si, oui ou non, elle était prête à accomplir ce miracle pour eux, à renforcer leur force sur ce plan à une telle ampleur. Elle n’hésita pas. Son « Je le peux » ne fut pas prononcé – mais l’élan de son esprit ne laissait aucun doute sur sa réponse, sur sa promesse.

Les Esprits fusèrent vers les homoncules. Sur le plan spirituel, ils s’enroulèrent autour des fils qui liaient Mael aux cinq créatures de chair – elle ne regarda pas plus, confiante, et sortit de sa transe. Elle fixa Mael – il devait déjà sentir ce qui était en train de se passer. Bientôt les homoncules tomberaient au sol, simples cadavres, et leurs esprits voleraient à nouveau grâce à elle…

…Ou en tout cas, c’est ce qu’elle s’imaginait.

L’homoncule le plus proche, loin de tomber au sol, se mit à hurler.

- Qu’est-ce qu…

Il sortit son épée. Et fonça sur eux.
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Mael

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Ven 27 Déc - 1:05

Des propos cryptiques, voilà tout ce qu'elle lui servit en guise de réponse. Savoir de quoi il était capable ? Quiconque l'avait déjà vu en action aurait pu avoir des doutes, mais aucune certitude. Même Iloch, le traître, ne connaissait pas les détails du processus, ses limites, son potentiel. Comment aurait-elle pu en avoir la moindre idée ? Du bluff, voilà tout. Il s'apprêtait à lui en faire la remarque lorsqu'elle entreprit de lui faire une petite démonstration. Lui demandant même de la protéger. La protéger de quoi, au juste ? Il n'y avait que des alliés à proximité et, à propos de proximité, il la trouvait décidément trop familière.

S'il est toujours une surprise amère, c'est celle de la trahison, surtout de la part d'une personne qui n'a aucune raison de le faire. Dans le cas d'Iloch, il pouvait comprendre, c'était un monstre comme les autres et il s'en était servi comme d'un outil pour arriver à ses fins. Mais lorsque son lien avec ses créations se dissipa soudainement, il comprit bien trop tard ce qui venait d'arriver.

Et lorsque l'une de ses créations se mit à hurler, puis foncer sur eux, lame au clair, il en aurait presque maudit la stupidité de cette visiteuse inopportune. Le bon côté des choses, c'est qu'afin de s'assurer qu'ils ne causent pas de grabuge lors de ses absences du plan, il leur avait enraciné certaines commandes dans l'esprit. Mais malheureusement aucune qui le concerne personnellement.

Prenant la mesure de la situation, en bonne voie d'être désespérée, il modula rapidement ses cordes vocales, s'arrachant une grimace de douleur au passage et hurla de sa voix augmentée, en direction du commandant :

« BARNABAS ! DITES A VOS HOMMES DE S’ÉCARTER DE CEUX EN IVOIRE ET DE NE PAS LEUR BARRER LE PASSAGE. ILS NE LEUR FERONT RIEN. »

Bien que leur lien en tant que groupe soit également coupé, les homoncules restants se tournèrent comme un seul homme dans sa direction, leurs intentions vengeresses claires comme de l'eau de roche. Il se permit d'agiter les bras à leur intention et, une fois certain d'être repéré, prit la fuite dans les bois, attrapant un gobelin agonisant au passage.

Il avait besoin de quelques secondes pour formuler un plan afin d'arrêter ses créations. Un simple contact aurait suffit pour en reprendre les rennes, mais ils devaient rester immobiles durant au moins une minute pour que le processus s'effectue parfaitement. Les ayant façonnées pour être des guerriers parfaits, il n'avait pas le droit à l'erreur. Et avec si peu de matière première à disposition, ce serait un véritable défi de simplement en ressortir vivant.

Quant à la traîtresse ? Il avait d'autres chats à fouetter pour l'instant, mais elle ne perdait rien pour attendre. Mael n'était pas le genre de personne à accorder des secondes chances, surtout aux personnes qui n'avaient pas la perspective nécessaire pour apprécier son œuvre. Décidément, ses ennemis se faisaient chaque fois plus nombreux et si même ceux de son espèce se retournaient contre lui, que lui restait-il ? Il ne demandait aucune reconnaissance pour ses actions, juste qu'on le laisse agir comme il l'entendait. Était-ce trop ?

Une chose était certaine, mettre en place ses projets sans allié risquait d'être difficile. Il faudrait qu'il travaille là-dessus dès qu'il en aurait l'occasion. Mais pour l'heure, le souffle commençait à lui manquer. Jetant un coup d’œil derrière lui, il ne distingua rien d'autre que des arbres à perte de vue. Point positif, il avait semé ses poursuivants. Points négatifs, il était perdu et ne savait absolument pas comment les retrouver pour les mettre hors d'état de nuire...

Il y a des jours comme ça où on aimerait ne pas s'être levé.
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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Sam 28 Déc - 21:50

Le bâton de la Shaman Mère s’écrasa sur la tête d’Ekundayo Tichaona.

- Non ! Non, non, non, non, non !
- Mais !
- Non !
- Mais pourquoi ? Mais, Aïe !
- Non !
- Je suis mon instinct ! Tu m’as dit de suivre mon instinct !
- Avant de se lancer dans le torrent en furie, on écoute !
- Mais…
- Pas de mais ! Ton instinct, tu le suis une fois que tu l’as écouté, sinon c’est le contraire, c’est lui qui te suis. Tu écoutes, tu écoutes tout ce qui t’entoure, tu écoutes les esprits, puis tu réagis. Comment par tous les vents veux-tu suivre ton instinct sur quelque chose si tu n’écoutes pas ce qu’il te dit avant ? Ecoute !


Ekundayo Tichaona leva les yeux vers le guerrier qui fonçait dans leur direction, et eut l’impression de voir, à nouveau, le bâton de la Mère Shaman s’écraser sur son crâne.

- Ecoute, écoute, écoute…

Elle avait toujours été trop passionnée, trop rapide, trop brusque. Elle en avait encore la preuve dans le moment présent. Ne pouvait-elle pas réfléchir ? Elle avait demandé aux Esprits de briser deux liens. Un bleu. Un noir. Un de contrôle. Un de vie… Fallait-il être stupide pour ne pas sentir la force des manas, sentir l’absence du bleu et la puissance du noir ? Fallait-il être stupide, après ce que lui avaient appris les Archivistes, pour penser qu’ils allaient mourir et se libérer ? Ils n’étaient plus contrôlés – mais il faudrait encore un temps avant que les Esprits de Lumière ne détruisent les liens de chair qui les maintenaient en vie. Elle avait mis Mael en danger, à vouloir agir comme ça – elle comprit, des paroles qu’il prononça, que les humains déformés n’en auraient qu’après lui, que c’était la vengeance qui guidait leurs pas. Le mana rouge prit soudain une ampleur importante autour d’elle – la colère, l’envie de vengeance, la douleur, les émotions soudain si palpables prenaient toute la place. La créature l’évita pour suivre le créateur en fuite. Elle devrait faire la même chose que ce qu’il avait conseillé au commandant et à ses soldats – se mettre à terre, se cacher, ne surtout pas se mettre sur le chemin de leur douleur. Mais déjà qu’elle n’avait jamais été du genre à rester en arrière et à se taire, c’était, de plus, entièrement de sa faute. Peut-être pouvait-elle compter sur le fait qu’ils sachent que c’était elle qui les avait libérés pour qu’ils soient cléments et veuillent bien l’écouter.

Elle se mit debout face à l’un d’eux.

Comprit bientôt qu’il se moquait bien de savoir que c’était elle qui l’avait libéré et n’avait aucune intention d’essayer de dialoguer – il ne l’attaqua pas, c’était déjà ça, mais se contenta de la contourner, peut-être parce qu’il ne voulait pas lui faire mal, mais surtout, elle avait l’impression, parce qu’elle n’était qu’une brindille à ses yeux et qu’il était facile de l’ignorer…

Alors elle se mit à courir. Vers le sous-bois. Il lui suffisait de suivre les guerriers d’ivoire – non, c’était stupide, elle arriverait trop tard. S’arrêtant pour se concentrer, elle s’obligea à respirer calmement, à vider son esprit pour pouvoir rentrer en transe. La forêt était bien différente, vue de cette manière – et à travers les nombreux esprits des arbres, elle put voir celui qu’elle cherchait, et celui des guerriers. Ils cherchaient – le lien coupé était à double tranchant, et si Mael ne les contrôlait plus, eux n’étaient pas capables de le retrouver si facilement. Sortant de sa transe, elle se remit à courir – espérant que son orientation ne serait pas faussée par la manière étrange qu’avait le plan spirituel de dévorer les distances et de propager l’espace.

Elle ne fut pas la seule à courir dans la bonne direction – et quand elle arriva là où se trouvait Mael, elle trouva, aussi, l’un des cinq guerriers d’ivoire. Elle accéléra – et se jeta entre eux sans une seconde d’hésitation. La respiration haletante, elle fixait le guerrier, qui s’était arrêté en la voyant intervenir. Tuer Mael. Son corps entier n’était qu’une intention. Et elle était entre eux. Fourmi qui se croit embêtante… Mais tout ce qu’il fallait était gagner un peu de temps. Etre une fourmi suffisait, si elle était fourmi assez longtemps. Gagner le temps nécessaire pour que les Esprits de Lumière terminent de ronger le lien…

Un mouvement violent du bras sur sa hanche, et elle trébucha, tomba au sol sans pouvoir se retenir. Le guerrier s’attaqua alors à sa cible finale. Mael tenta bien de se défendre, mais il fut rapidement, comme elle, plaqué au sol. Il leva son épée.

Resta figé. Un instant. Deux instants. Une éternité en quelques battements de cœur. Puis tomba en arrière.

Amas de chair sans vie.

Elle n'eut pas besoin de vérifier pour savoir que les deux esprits qui le formaient n'étaient plus présents ni l'un ni l'autre - la tension tomba d'un seul coup. Ekundayo Tichaona se releva, vive, avant de tendre sa main à Mael. Sourire confit.

- C’était toi qui devais me protéger, je te signale, pas moi…

Elle tremblait encore.
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Mael

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Dim 29 Déc - 19:30

Il s'en rendait compte maintenant, il avait voulu trop bien faire. Et, talentueux, il avait trop bien fait. Des guerriers parfaits, il avait voulu, des guerriers parfaits, il avait eu. Conçus sans faille aisément exploitable, en un moment comme celui-ci, il ne pouvait en exploiter aucune pour se tirer d'affaire.

Le guerrier avait surgi devant lui, le trouvant facilement. Les bures blanches qu'il portait depuis qu'il était sur ce plan étaient aisément repérables dans ce décor. Alors qu'elle lui accordaient un anonymat relatif parmi les mages humains, sur le champs de bataille. Il s'était rapidement retrouvé au sol, impuissant, à deux doigts de mourir...

... A moins que cela n'ait été qu'une impression ? Un stratagème de plus dans son arsenal ? Effectivement, il avait une solution de secours. Elle était peu élégante, mais elle lui permettait de survivre dans une situation comme celle-là. Lorsque l'homoncule frapperait, il déplacerait ses organes essentiels et feindrait la mort jusqu'à ce qu'il parte, satisfait d'avoir accomplit son objectif. C'était une solution plutôt bancale, il fallait bien l'admettre. Si la créature comptait le débiter en morceaux trop petits, c'en était fini de lui. Ou serait-ce réellement le cas ? Pouvait-on venir à bout de lui comme ça ? Si facilement ? Il n'y aurait malheureusement pas de réponse à cette question, car le premier coup ne vint jamais, la créature s'écroula avant même d'avoir pu le blesser.

Croyant à un problème temporaire, il posa la main sur elle, profitant de l'instant pour rétablir une connexion grossière, invasive. Et il vit. Ce qu'il vit le laissa presque choqué, interdit. Si perturbé que lorsque celle qu'il considérait comme une traîtresse à sa propre race lui tendit la main, il l'accepta et se releva. Il ne l'entendit pas. Il posa les yeux sur elle, comme s'il voyait au travers et prononça quelques mots.

« Tu es une idiote, Ekundayo Tichaona. »

Puis, il se mit en marche vers le Nord, si le soleil d'ici fonctionnait comme celui de Pyria, il trouverait peut-être la forteresse avant la nuit. Avant de s'être trop éloigné, il ajouta une dernière chose.

« Sept jours... »

Dans sa voix perçait une profonde lassitude, il était épuisé. Depuis combien de temps n'avait-il plus dormi ? Il se rappelait l'avoir fait en attendant la réponse du prélat à sa demande. C'était deux semaines plus tôt ? Un peu plus ? Jusqu'ici, de subtiles altérations et l'adrénaline lui avaient permis de tenir le coup et d'avancer, toujours avancer. Jusqu'à ce que la réalité cède devant son obstination.
Qu'aurait dit son père, cet homme plein de sagesse et de bonté envers son prochain ? Sûrement quelque chose sur le fait que contourner l'obstacle plutôt que chercher à le traverser n'était pas honteux en soi. Mais il n'était pas Mael, il n'avait pas ses responsabilités.

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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Sam 4 Jan - 20:32

Ekundayo Tichaona fronça les sourcils. Et le nez. Et les genoux – enfin, les plia, surtout, puisqu’elle partait à sa suite, pour le rattraper.

- Est-ce que tu te rends compte de ce que tu fais, seulement ?

Elle se plaça devant lui, lui barrant le passage, et le regarda droit dans les yeux. Son début de courroux, qui était monté d’un coup lorsqu’il lui avait adressé ces mots d’un ton si las, retomba d’un coup. Elle avait vu son esprit. Il avait confirmé, par ses paroles, ce qu’il était prêt à faire. Et elle continuait à demander ? C’était elle, elle qui ne se rendait pas compte de ce qu’elle faisait, qui ne comprenait pas les tenants et aboutissants de ses actions, qui appelait les esprits sans chercher à comprendre, et qui ne comprenait pas Mael même en ayant vu sa forme la plus pure. Comment allait-elle survivre seule dans les terres démoniaques, à présent ? Et qu’est-ce qu’elle savait, au fond, de ce pour quoi Mael se battait ainsi ?

- …Oui, tu t’en rends compte.

Soupir excédé.

- Est-ce que tu comptais les libérer, une fois ta tâche accomplie ?

Elle se décala, pour qu’il puisse se remettre à marcher. Elle se sentait – comme une gamine, en fait. Une gamine qui avait appris à parler aux Esprits, une gamine qui avait appris à Arpenter, et une gamine qui n’avait aucune idée de ce qu’elle faisait ni de par quel bout remplir son rôle. Complètement perdue – pas dans un univers, mais dans une multitude d’univers. Ça ne lui faisait pas peur, elle avait confiance en elle, et absolument aucune conscience des dangers réels – et Mael lui semblait aussi gamin qu’elle, avec une mission donnée toute aussi grande, mais un gamin qui voulait se prendre au sérieux, un gamin beaucoup moins amusant. La vie n’est pas un terrain de jeu ? Toujours aussi peu réceptive à l’état d’esprit du tordeur de chair, elle continua :

- De quel royaume es-tu le prince déchu, Mael ? Et qui t’a nommé ainsi ? Et tu vas où ? Est-ce que tu sais où je pourrais trouver quelqu’un, ici, capable de me renseigner sur le passage entre les univers ? Et il se passe quoi, dans sept jours ?
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Mael

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Sam 4 Jan - 21:17

Comme il s'en doutait, elle se lança à sa suite. Il n'avait pas tort en disant qu'elle était idiote, un peu plus tôt. Si elle avait eu un peu plus de jugeote, elle se serait déjà enfuie en courant, aurait quitté ce plan et prié pour ne jamais plus se trouver sur sa route.

Elle lui posa une question, puis se planta devant lui, lui barrant la route et fournit la réponse d'elle-même. Bien sûr qu'il savait ce qu'il faisait, cela faisait des années qu'il mûrissait son projet. Devenir Arpenteur n'avait fait que donner une dimension plus universelle à celui-ci.
Nouvelle question. Il réfléchit un instant avant de répondre :

« A la fin, lorsqu'ils n'auraient plus été nécessaires, oui. »

Il reprit sa marche alors qu'elle se décalait pour le laisser continuer. Peut-être allait-il pouvoir voyager dans le calme jusqu'à la forteresse et pouvoir se reposer, réfléchir et avancer de nouveau. La même routine depuis qu'il était capable de voyager dans les plans, tenter une expérience, se heurter à un obstacle, méditer sur les améliorations, recommencer en tenant compte des expériences passées, se heurter à un nouvel obstacle, recommencer... Jusqu'à la perfection. Mais elle ne lui laissa pas ce loisir et les questions fusèrent, en bloc. Certaines mieux ciblées que d'autres, comme une volée de flèches dont seulement certaines l'auraient touchées.

« Il n'existe aucun royaume dont je sois le prince. »

Techniquement vrai. Même si la réalité était plus complexe et qu'il jouait à moitié sur les mots. Quant à son nom, c'était une histoire qu'il n'avait ni l'envie, ni la patience de raconter aujourd'hui. Il ignora donc la seconde question. Il comptait bien en faire autant pour le reste, mais l'une d'elles l'intrigua.

« Si tu sais voyager, tu dois connaître la méthode, nous la connaissons tous. Retourne donc à l'Entre-monde questionner les sages, si ce n'est pas le cas. »

Il s'était montré un peu sec, mais il fallait bien qu'elle comprenne qu'être tous deux capables de traverser les plans ne faisaient pas d'eux des alliés. Il ne consentait d'ailleurs à répondre qu'à cause de ce qu'il avait vu dans les bribes de souvenirs qui habitaient l'homoncule.

« Sept jours, c'est la durée de la trêve que j'accepte de t'accorder. Le temps qu'il te reste pour me faire changer d'avis ou quitter ce plan. Passé ce délai, si tu croises ma route, je te considérerai comme un obstacle et t'abattrai. »

Cela pouvait sembler froid et cruel comme décision, mais il ne pouvait se permettre de lui accorder plus. S'il se montrait trop clément avec ceux qui l'avaient offensé, il se retrouverait avec un poignard dans le dos dès que l'occasion se présenterait. Lui laissant un peu de temps pour assimiler cette réponse, il reprit ensuite :

« Puisque nous en sommes aux questions, j'en ai une à mon tour. Une seule. Qui es-tu, Ekundayo Tichaona ? »

Une question importante, à laquelle il pouvait exister des centaines de réponses. Elle pouvait être source d'informations intéressantes. Et de toute façon, il fallait bien s'occuper durant le voyage de retour. Même si certaines personnes auraient pu passer à côté en disant simplement que la réponse était dans la question. Mais quelle était l'importance des noms, au final ?
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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Jeu 9 Jan - 18:54

La première réponse de Mael la rassura énormément. Elle ne savait pas si la cause de Mael valait la servitude et la souffrance de tant de vivants, mais s’il les libérait ensuite, que les esprits morts planaient, le reste, au fond, lui était plutôt égal. Elle aurait été tout aussi prête à être modelée qu’à être brûlée, méprisait autant ceux qui n’étaient pas prêts à faire l’un que ceux qui n’étaient pas prêts à faire l’autre. Ceux qui vivaient sans rien pour les faire vibrer. Ceux qui Marchaient sans Cause. Vides. Qui oubliaient de regarder au loin, qui n’avaient ni vision ni horizon, ne regardaient pas plus loin que le bout de leur nez…

Il ignora sa question suivante, et elle fronça les sourcils, le remarquant sans peine. Bien sûr qu’il était Prince – son nom même le hurlait. Bien sûr qu’il avait été nommé. Mais il ne répondait pas – père ? Mère ? D’où venait-il, qui était-il ?

Mais elle perdait déjà son obsession pour ses racines, en apprenant qu’il était Arpenteur. C’était pourtant logique – elle n’était pas surprise, avait pu le voir, mais n’avait tout simplement pas conscientisé cette information, ne l’avait pas nommée. Elle l’avala sans tarder, et s’adapta immédiatement.

- Les Archivistes sont inutiles. Ils savent comment nous Arpentons, mais pas comment nous pouvons Arpenter accompagnés. J’essaierai d’en trouver un plus commode que celui sur lequel je suis tombée, si je ne trouve pas ce que je cherche ici. J’imagine qu’il y a moyen de jouer avec le Mana, pour ça.

Mael n’avait apparemment aucune intention de l’aider, ce qu'elle n'attendait de toute façon pas véritablement - c'était son but, pas le sien. Elle-même, plutôt que de l’aider, lui avait mis des bâtons dans les roues. Trop vite, peut-être. A sa menace, pourtant, elle ne fit que lever les yeux au ciel.

- Oh, ce que tu peux être grandiloquent et susceptible !


Il lui en voulait pour si peu ? Pour cinq homoncules tués ? Elle n’avait presque rien fait. Qu’était-ce, sur le long-terme, qu’était-ce, dans sa vision de l’avenir ? Cinq minuscules guerriers. Il devrait la remercier de lui montrer que ses liens étaient faillibles, plutôt que de lui en vouloir comme si elle avait détruit l’humanité.

- Nous allons donc passer sept jours ensemble – ou davantage, si tu te prends à apprécier ma compagnie.

Elle lui fit un clin d’œil. Elle n’avait pas peur de lui. Et elle n’était pas véritablement un danger pour lui, non plus, puisque leurs quêtes, si elles étaient différentes, ne s’opposaient pas – mais ça, ce serait à lui de s’en rendre compte.

- Ha – tu me demandes qui je suis alors que tu ne veux même pas me dire la vérité sur ton prénom. Et bien, je suis moins avare de paroles que toi. Je suis Celle qui transforme la tristesse en joie, je suis celle qui verra. Certains m’appellent Dada – pour les cheveux, tu vois, puisque la plupart des gens s’arrêtent aux apparences.

Elle se tut, un instant. Hésita.

- Moi jamais, cela dit. Je ne regarde pas avec les yeux. La Mère Shaman m’a appris à voir directement les âmes.

Elle tourna la tête, chercha à fixer son regard dans le sien.

- Peu importe le corps que tu portes. Je sais qui tu es.

Elle détourna la tête.

- Et moi… Moi. C’est amusant, en fait, je suis la seule que je ne peux pas voir, je n’ai jamais croisé de miroir des âmes.


Elle rit à cette idée.

- J’essaie d’être guide, d’être la torche qui trace le chemin des autres dans l’obscurité. Mais je n’ai pas encore trouvé comment rendre le chemin praticable à ceux qui doivent me suivre, ni la direction à prendre pour atteindre leur destination. Cela dit, j’ai plus urgent à faire pour le moment. Une autre torche à allumer.


Elle se tut.

- Je ne sais pas quels sont tes.. plans, ici. Mais tu parlais au Commandant comme si les humains te faisaient confiance, et c’est grâce à toi qu’ils ont gagné la bataille. Si jamais il y avait moyen qu’ils reçoivent un signe divin qui irait dans un sens… compatible à tes projets, me suivrais-tu en terres démoniaques ?


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Mael

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Dim 19 Jan - 22:05


Blablabla... Des fragments intéressants, certes, mais beaucoup de paroles inutiles dans tout ce qu'il venait d'entendre. Elle lui donnait l'impression d'être une enfant, posant plein de questions, parlant beaucoup.

Il fallait bien le dire, lui-même était resté longtemps cloîtré. Il sortait de temps à autre, mais c'était plus souvent pour se procurer du matériel ou officier à domicile chez de riches clients. Et un artisan de la chair se devait de conserver le silence sur ce qu'il effectuait, plus particulièrement comment et sur qui il l'effectuait.
Il avait vécu une bonne partie de sa vie, plus de la moitié au sein de ce qui aurait presque pu passer pour un monastère, en d'autres circonstances. Opale restait une cité marchande et là où on trouve l'argent, on trouve le crime et le vice dansant une gigue endiablée.

Cela ne l'avait pas dérangé outre mesure. On le payait pour effectuer un travail, il l'effectuait sans poser de question, l'affaire était réglée et tout le monde repartait satisfait. C'était une époque qui avait laissée des traces. Même si, tout ce temps, son objectif avait été clair. Il se servait de la guilde et la guilde se servait de lui, un accord parfait.
Mais c'était un environnement où l'apprentissage était à l'honneur et c'était peut-être ce qui le poussa à répondre à l'Arpenteuse.

« On ne peut pas voyager accompagné. Sauf si l'autre personne est également un Arpenteur. J'ai étudié la question. »

Il avait également une solution en tête pour résoudre ce problème, mais il ne comptait pas la dévoiler à la première venue. Ou la dévoiler tout court. Si elle s'avérait viable, tous pourraient constater de celle-ci en temps et en heure.

« Je ne crois pas aux âmes. N'as-tu jamais songé que ce que tu vois quand tu crois voir les âmes pourrait être faux ? Un symptôme de folie ? Ou l'influence d'une entité quelconque ? »

Il réfléchit ensuite à sa proposition. Elle avait brisé ses projets et tentait désormais de faire amende honorable ? Elle avait certainement peur de ce qu'il ferait si le délai s'écoulait sans qu'il change d'avis.

« Les humains de ce plan me font confiance parce que je leur ai fait une promesse et que je l'ai tenue. Serais-tu capable de faire de même ? De promettre de ne plus interférer avec mes projets ? Alors, je serai peut-être disposé à écouter ton offre. »

Mael ne lui faisait pas confiance. Il ne faisait jamais confiance à qui que ce soit, chose qui lui évitait les trahisons totalement imprévues. Toujours avoir une alternative, un plan B, c'était une méthode qui avait porté ses fruits par le passé et qui fonctionnerait certainement longtemps encore.
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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Mar 21 Jan - 9:20


- Tu as étudié la question.

Elle le regarda d’un air méfiant. Comme les Archivistes, il lui disait que c’était impossible.

- Est-ce que tu pourras m’en dire plus sur ce que tu as découvert ? Histoire que je ne me prenne pas les mêmes murs que toi. Parce que je trouverai une solution, moi.

Ils la fatiguaient, tous – elle était persuadée que c’était possible. Cela faisait des millénaires que les traditions orales shamanes répétaient la même chose. Tout comme l’existence des esprits, d’ailleurs, et elle soupira en l’écoutant. Les gens voulaient toujours voir de leurs propres yeux, et ne croyaient rien, autrement.

Cela dit, c’était facile pour elle – elle les voyait, elle. Elle en déduisait des choses, qui se prouvaient justes, vraies, par la suite. Elle avait vécu avec les Esprits, savait que tout n’était pas à prendre au pied de la lettre sur le plan spirituel, mais ne doutait pas de leur existence. Elle savait que Mael avait créé ses guerriers d’ivoire grâce à deux humains. Elle avait parlé aux Esprits de Lumière et c’est eux qui avaient brisé les liens. Elle avait déjà frayé avec les Esprits du Feu. Elle avait vu la Shaman Mère invoqué les morts et leurs servir de voix. Elle avait si souvent, si souvent vu la marque des Esprits partout, elle les avait vu soigner, elle les avait vu… Ce n’était ni folie ni illusion. Elle en était persuadée. Et pourtant elle répondit en riant.

- Bien sûr ! N’as-tu jamais songé que tu dormais, Mael, et que tout ceci n’était qu’un rêve ? Que peut-être je n’existais pas, que je n’étais qu’une extension de ton esprit, graine semée de ton imagination ? Après tout, tu es fou.

Qu’est-ce que ça pouvait bien changer ? Même si les Esprits n’existaient pas – elle les voyait, ils agissaient sur elle et sur les autres, tout ceci ne restait pas dans sa tête, loin de là, il avait lui-même pu le voir avec ses guerriers. Ne pas y croire ne changeait rien à leur réalité.

- Je tiens toujours mes promesses, prince. Les esprits n’aiment pas les tricheurs.

Et ils savent leurs faire payer le prix. Mael aussi, d’ailleurs, saurait faire payer le prix.

- Cela dit, je me vois mal promettre de ne pas contrecarrer des plans que je ne connais pas. Et de toute façon, je ne peux pas savoir si quelque chose pèsera un jour plus lourd dans la balance. M’accompagner en terres démoniaques pourrait éventuellement aider tes plans, si on l’orchestre correctemen, cela dit – mais si tu n’as pas confiance en cette occasion-là, tu en trouveras bien une autre. Moi j’y vais, en tout cas.

Faites qu’elle survive. Mais une chose en son temps.

- J’ai faim.
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Mael

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Dim 26 Jan - 16:05

Il laissa échapper un bref rire, pas réellement joyeux, pas réellement moqueur, un peu froid.

« Ta détermination te fait honneur, mais les choses sont comme elles sont. Le multivers a ses règles... »

... Et les règles sont faites pour être brisées et contournées. En particulier par les Arpenteurs. Si Mael avait des pistes de solutions, il ne comptait pas les partager. Pourquoi risquer de perdre un avantage potentiel ? Aucun des autres Arpenteurs qu'il avait côtoyés ne comprenait sa vision des choses. Pourquoi leur faciliter la vie en leur offrant des informations qui les mettraient presque sur un pied d'égalité ? Ce serait tendre le bâton pour se faire battre. Agir stupidement, en somme.

« En ce qui concerne le voyage, tu n'as la possibilité d'emporter avec toi que tes objets personnels. Généralement les vêtements et autres accessoires que tu as sur toi et l'équivalent d'un sac à dos. On ne peut pas vraiment tricher en ce qui concerne la taille du sac, au-delà d'une certaine limite, il reste sur place. On ne peut pas mettre d'être vivant dans le sac pour l'emporter avec soi. Ce genre de choses... »

Cela dit, elle partait dans tous les sens. Le voyage planaire, les esprits, le fait qu'elle ait faim. D'ailleurs, quel intérêt cela avait-il ? Si elle avait faim, elle n'avait qu'à manger ses provisions ou chasser quelque chose, ou encore attendre qu'ils soient à destination.
Mael décida pourtant de prendre sur lui et poser la question qui l'intéressait réellement dans ce méli-mélo :

« Parle-moi de ton projet, en détail. J'écoute. »

De toute façon, il n'avait rien de mieux à faire pour l'instant, alors autant la laisser parler de son idée. Ce serait certainement l'un des sujets les plus intéressants qu'ils pourraient avoir. Il doutait que les méthodes pour empêcher la formation de tumeurs sur les homoncules intéressent qui que ce soit en dehors de lui.
Il ne put s’empêcher de préciser un détail, pas que l'opinion de la demoiselle y change grand-chose, mais c'était une question de principe :

« Et, au passage, je suis parfaitement sain d'esprit. »

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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Dim 2 Fév - 14:03

- Et bien, monsieur le sain d’esprit. Tu devrais, tu sais – te trouver un grain de folie. Quand on a des visions comme les tiennes il en faut un peu pour avancer jusqu’au bout.

Il l’agaçait.

Enormément.

D’abord avec ses limitations de pacotilles, à ne pas croire qu’elle serait capable de trouver comment transplaner avec les esprits. Après tout ce qu’il était capable de faire, comment pouvait-il être aussi condescendant face à ce qu’elle essayait elle-même d’accomplir ? Il ne la prenait pas au sérieux. Il ne croyait pas aux âmes, ne croyait pas en la possibilité de transplaner accompagné, ne croyait pas en elle. Il ne croyait pas en grand-chose, en vérité, à part en lui-même, en lui-même et en ses propres rêves, ses propres idéaux. Elle au moins le prenait au sérieux.

Et puis à garder son allure princière, sans vouloir accepter qu’il en était un, de prince, sans vouloir lui expliquer.

Il semblait tellement blasé, en lui demandant des informations complémentaires ! Comme s’il n’acceptait de l’écouter que parce qu’il n’avait rien de mieux à faire. Elle ne l’intéressait pas. Du tout. A se demander pourquoi elle perdait son temps à lui faire des propositions. Surtout qu’il lui était inutile, s’il ne savait rien du transplanage des Esprits. Il se permettait de lui donner des ordres, en plus, et de lui parler comme à une vulgaire informatrice.

Ekundayo Tichaona n’était pas porteuse du mana rouge pour rien – elle riait facilement, mais s’énervait, aussi, à une vitesse impressionnante. La moutarde lui montait au nez à chaque coup porté à sa vanité. La faim et la fatigue ne devaient pas aider. Elle aimait, aussi, l’impulsion – alors elle prit les rênes. Hors de question qu’elle se fasse mener. Elle n’était pas une bonne poire. Comme elle l’avait dit – elle paierait sa dette aux Esprits avec ou sans lui. Alors elle réfléchit – puis s’accrocha à nouveau au bras de Mael.

- Si tu veux bien me guider quelques instants, j’ai tendance à ne pas voir où je mets les pieds, quand je vais là-bas. Je te réponds – dès que j’ai l’information qu’il me manque.

Foncer vers les torches, vers les flammes humaines. Entrer en communication avec les Elémentaires de Feu – qui s’enflamment de rire à sa proposition, à la vision du brasier. L’un d’eux disparait, appelé par un  mage – c’est si simple, sur Pracle, d’appeler un Elémentaire à soi. Alors qu’elle propose, ainsi, de leurs offrir tant pour si peu – ils crépitent, crépitent, pépites de rire, pépites de braises.

Ekundayo Tichaona cligna des yeux, reprenant sa respiration, soufflant bruyamment.

- ..Et bien voilà qui était intéressant.

Elle lâcha Mael. Fit quelques pas, essayant de se remettre les idées en place.

- A la forteresse, nous allons faire passer un… message à la population.

Elle réfléchit, un instant, le temps de formuler les mots correctement.

- « Pour garantir la défaite ennemie
Brûlez les corps de morts amis
Lorsque la lumière éclatera
Au cœur de la lande du trépas.
»


Puis elle regarda Mael.

- Ca, c’est non négociable, c’est ma dette envers les Esprits. Mais ce que je te propose, c’est d’y ajouter tes vers. Si tu veux que les humains, ici, fassent quelque chose pour toi, croient quelque chose qui t’arrange.

Accepterait-il de lier ses plans aux siens ? Ou aurait-il trop peur ?

- Après, nous suivons les Esprits de Lumière jusqu’aux Terres Démoniaques. Ils me montreront le lieu où créer la lumière. L’objectif est de faire comprendre aux habitants que c’est leur divinité qui leurs demande de faire ce que nous leurs demandons. En voyant la lumière, ils obéiront.

Et renforceront, ainsi, mana blanc et mana rouge – et les Esprits seront reconnaissants. Ceux de Lumière seront repayés, ceux du Feu, si elle y parvenait, se sentiraient certainement encore redevables – ce si fort attrait pour l’équilibre et la loyauté…
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Mael

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Sam 29 Mar - 21:17

Vraiment ? Elle comptait se rendre dans les terres démoniaques ? Elle, avec ses faux airs mystiques, ses esprits de pacotille et son besoin d'être protégée lorsqu'elle usait de ses pouvoirs ? Pour Mael, il était évident qu'elle n'y survivrait pas. Et il le lui dit franchement :

« Tu n'as aucune chance de t'en sortir seule, là-bas. J'ai pu entrevoir les chemins grâce à... ma magie et ils sont tous semés d'embuches. Il va te falloir une escorte. »

Il était resté vague concernant la manière dont il avait obtenu ces informations. Obtenues du gobelin alors qu'il employait ses dons à le torturer et finalement vérifiées lorsque le lien psychique avait été façonné. Ne jamais perdre de temps faisait partie de ses attributions.

« As-tu songé à la logistique ? »

Il ne croyait pas les locaux naïfs au point de suivre aveuglément la lumière, mais peut-être que cela suffirait à leur rendre l'espoir et à porter un coup suffisamment puissant aux monstres pour faire avancer cette guerre et gagner quelques mois sur ses projets à l'égard de Pracle. Dans le cas contraire, il trouverait toujours un moyen de rebondir. Quant à la proposition d'ajouter sa patte, cela pourrait convenir :

« Plus tard, lorsque vous serez prêts,
Dans les cieux paraîtra l'araignée.
»


Il ne s'expliquerait pas sur les détails, c'était un projet de longue haleine et il n'était encore nulle part. S'il ne mourrait pas lors de cette aventure bien trop téméraire à son goût, il le mettrait en place après son départ de Pracle.
Tout n'était pas encore réglé, un détail d'importance se devait d'être mentionné avant qu'il n'accepte totalement.

« Il y a une dernière chose. Si tu veux mon aide, je veux que tes esprits n'interfèrent pas avec mes créations. Dans le cas contraire, je ne te serai pas d'une très grande utilité et nous perdrons un temps précieux. »

Tout était dit. De manière simple : "laisse-moi pratiquer ma magie malsaine et je t'aiderai, sinon, autant que tu te passes de moi."
Pour bénéficier de son aide, il fallait l'accepter totalement et passer outre sa répugnance. En serait-elle capable ? Avec la plupart des gens, il aurait répondu 'non'. Mais elle semblait déterminée et ce sacrifice n'était gênant pour elle que sur le plan philosophique.
Cependant, son attitude trop passionnée lui ferait peut-être oublier sa situation et le pragmatisme qui était de rigueur dans un cas comme le sien.

Quoi qu'il en soit, tout cela lui fournirait des opportunités intéressantes.
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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Dim 6 Avr - 18:20

Ekundayo lança un regard méprisant à Mael. Il continuait à la prendre de haut, continuait à la croire une faible petite indienne qui ne saurait pas survivre dans les terres démoniaques. Lorsqu’il l’avait vue seule au milieu du champ de bataille pour la première fois – elle avait aimé qu’il devine qu’elle n’avait pas besoin de protection, qu’il devine qu’elle n’était pas simplement une demoiselle sans défense. Mais depuis qu’elle avait libéré ses golems, au lieu de penser qu’elle avait une force qu’elle venait de lui dévoiler, il pensait simplement qu’elle était une gamine incontrôlable et sans aucune chance de survie.

Elle lui avait dit, déjà, qu’elle n’avait pas besoin de lui. Elle lui tendait gratuitement la main, parce que – déjà, parce que c’est toujours plus amusant d’avoir un compagnon. Mais il ne voulait pas comprendre. Elle attendit qu’il finisse, hocha la tête aux vers qu’il voulait rajouter, puis lui remit les points sur les i :

- Je n’ai pas besoin de toi, Mael, et je ne veux pas de ton aide – c’est moi qui te propose la mienne, je ne souhaite que ta compagnie. Je l’ai déjà, mon escorte. Et elle est faite d’Esprits – ils s’appellent Elémentaires, ici, apparemment. Je ne pourrais pas te promettre qu’ils n’interfèreront pas avec tes créations, parce que je ne les contrôle pas – ce n’est pas ce que je leurs ai demandé, mais ils font bien ce qu’ils veulent.

Ils arrivaient à la Forteresse.

- Je vais manger, et disséminer mon message de prophétesse. On se retrouve ici, ou pas, lorsqu’Alpha est à l’horizon.

Et elle s’enfouit dans une ruelle. Ecrivit sur les murs, murmura sa ritournelle dans la rue, en continu, chantant plus fort, parfois se ruant sur les gens pour déblatérer sa prophétie. On la croirait folle, tant mieux. Elle partait toujours trop vite pour être remarquée.

Plus tard, levant le nez vers le ciel, elle cligna des yeux, surprise, en se rendant compte que ce n’était pas les mêmes étoiles que chez elle. Mince. Saurait-il, alors, qu’il était temps ? Elle se dirigea vers le lieu de rendez-vous, cherchant des yeux la silhouette de Mael, pour savoir s’il serait là.

Il était là. Elle sourit. Au moment où elle s’approcha, une petite lumière apparut et commença à leurs tourner autour, avant de se diriger vers l’extérieur de la Forteresse, les attendant un peu plus loin.

- C'est par là.

L'Esprit de Lumière leurs servirait de guide...

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Mael

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Lun 7 Avr - 20:31

Elle avait beau dire, il savait qu'elle n'était pas à la hauteur. Elle le pensait son égal, mais lui pouvait parfaitement traverser ces terres seul et il n'était pas vulnérable lorsqu'il employait ses talents. C'était juste une petite fille insolente qui n'avait jamais connue les épreuves de la vie.
Cependant, il ne dit rien. A quoi bon ? Elle était entêtée comme une enfant et totalement imperméable à la logique.

A peine arrivés, elle s'était enfuie vaquer à ses occupations. Lui-même était passé se rafraichir et se changer. Une bure blanche propre, un médaillon portant le symbole du dieu unique, accessoires d'un déguisement de plus...

Il s'était rendu auprès du prélat. Ils avaient à parler.

***

La bure des prêtres de l'Unique troquée pour des vêtements plus pratiques, plus légers, il se sentait déjà plus à l'aise. Même si cette chair pâle lui paraissait toujours celle d'un autre en comparaison de son teint hâlé d'autrefois.
Un cimeterre ornementé  reposait dans le fourreau à sa ceinture et lui-même semblait être un peu plus massif que lorsqu'ils étaient arrivés. A cela, s'ajoutait la besace pleine d'objets divers et variés qu'il transportait partout. Voilà les préparatifs de Mael pour ce voyage.

Sur place, une boule de lumière - certainement le fruit de la magie qu'elle pratiquait et qu'elle persistait à imputer à des entités extérieures - flottait, comme en attente de leur bon vouloir pour se mettre en route. Ce qu'ils firent presque immédiatement.

Décidant de jouer le jeu pour éviter les disputes inutiles, dont il se passerait volontiers une fois que leur route les aurait mené dans la zone dangereuse, il demanda :

« Tes esprits t'ont-ils indiqué ce que nous allons rencontrer en chemin ou la marche à suivre pour allumer cette lueur ? »

Bon, de toute façon, ils se jetaient dans la gueule du loup avec trop peu d'informations, mais il espérait qu'elle en savait plus qu'elle n'en avait l'air. Dans le pire des cas, il suffirait de gagner un peu de temps pour changer de plan, même si cette pensée lui laissait un goût amer, rapport à la dernière fois qu'il avait dû en arriver là...

Le temps passa alors qu'ils s'éloignaient de la forteresse, des minutes où il se perdait dans sa réflexion, ruminant des souvenirs sombres, d'autres joyeux et teintés de nostalgie.
Plus malgré lui qu'autre chose, mais aussi pour qu'elle cesse d'insister à ce sujet et briser la monotonie, il expliqua :

« Ce n'est pas un royaume, mais un empire. Et les hommes n'y règnent pas. »
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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Mer 7 Mai - 18:58

Ekundayo haussa les épaules, et fit un signe du menton vers la boule de lumière.

- Ca ne te suffit pas, comme indication ?

La lueur les guiderait par un chemin sûr, elle n’en doutait pas un seul instant. Ce n’était pas dans l’intérêt des Esprits, ni des Manas, de les faire tuer maintenant. A l’arrivée peut-être, pas avant.

Et en effet ils avançaient dans l’univers gris foncé, s’enfonçant dans les terres ténébreuses des démons, la petite lueur comme une faible lueur souvent mouchée, devant eux, mais attirée, attirée toujours dans la même direction… Parfois elle partait rapidement et ils lui couraient après – alors ils entendaient les grommellements de bêtes dont elle préférait ne pas connaître le visage, là où ils avaient été quelques temps plus tôt. Elle les faisait passer par d’étroits passages, les obligeaient à se cacher immobiles derrière des pierres, avant de repartir, vive. Ils montaient. Lentement. Sûrement. Leur respiration régulière caresses à leurs oreilles dans le noir obscur.

Etrangement, Ekundayo ne parlait pas, perdue dans des ruminations intérieures sur ce qu’elle apprenait du Multivers. Plus étrangement encore, Mael se mit à parler. Elle fronça les sourcils, surprise, et ne comprenant d’abord pas de quoi il parlait – qu’était cette étrange idée de reprendre des conversations closes depuis des lustres déjà ? Apparemment, il était vraiment lent à la détente. Elle sourit pourtant – mieux vaut tard que jamais, sûrement. Elle ne s’attendait plus à une réponse et voilà qu’il se sentait assez en… « confiance » pour la lui donner.

- Prince déchu… Qui dont a volé l’empire des hommes ?

Elle aurait voulu entendre sa réponse, mais la lumière se mit soudainement à clignoter très fort. L’instant d’après, elle sentit le mana rouge en elle prendre de l’ampleur, et les Elémentaires de Feu qui lui avaient promis leur protection s’enflammèrent comme des torches autour d’eux. Dans la lumière formée par leur apparition, elle reconnut la vue qui s’était imposée à elle sur le plan spirituel, là où elle devait allumer la Lumière…

Le sommet.

Inatteignable.
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MessageSujet: https://i.servimg.com/u/f56/16/56/94/85/monstr10.jpg   Jeu 8 Mai - 13:38


Inatteignable.

Un cul-de sac, en contrebas de votre destination. Voilà ce qui se trouve au bout de votre chemin. Autour de vous, diverses décorations tribales. Crânes empalés, os gravés, roches peinturlurées. Autant de symboles vous laissant penser à un lieu de culte reculé, où les humains n’auraient de place que sur l’autel du sacrifice – ce pic rocheux sillonné de veines creusées à la main, ou à la griffe.

Il est manifeste que ce lieu ne devrait pas être désert. Surtout à la vue du sang, encore liquide, qui coule dans les tranchées de ce sol sacré, à l’odeur pestilentielle caractéristique de cette face démoniaque du plan. A-t-on fait le ménage avant votre venue ? Sans doute. Quelle chance.

Puis un coup de vent. L’un des étendards imbibés de sang et de cendres dévoilant derrière lui un tunnel, qu’on ne remarque que par l’ombre brisée et le sifflement perçant de la brise s’y engouffrant. Vous pouvez continuer, accroupis.

Une grotte sombre, éclairée par diverses embrasures à travers la pierre écorchée. Quelques dizaines de mètres, et vous pouvez enfin circuler debout. Vous arrivez bientôt sur une pièce, un boyau taillé. Puis une autre. Et des éclats de voix vous parviennent.

« … sserait pas y toucher… …ibre du mul…
- … force… activ… mainten…
- Jamais ! »

Une voix simple, humaine, banale, d’un côté, à laquelle répond un ensemble de grognements rauques mais articulés, à l’image d’une bête savante. Vous débouchez à leur niveau bien plus tôt que l’écho ne vous laissait le penser. À peine quelques mètres et un tournant. Situation tendue. Entre un monstre en armure et un homme en habit, les deux au seuil d’une grande arche sous-terraine dont le marbre blanc et poli est loin de vous être inconnu.
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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Jeu 8 Mai - 14:41

Inatteignable. Mael ne connaissait pas le sens de ce mot. Lorsque la forme est mutable, les obstacles ne sont que de brefs ralentissements. C'était une assez belle formule, il la noterait en rentrant.

Se tasser pour emprunter un tunnel n'était pas la méthode la plus élégante, mais il fallait en passer par là et ce n'était pas non plus la mer à boire. Juste une position vulnérable, trop à son goût. Heureusement, cela ne dura pas et, une fois capable de se mouvoir debout, il débuta quelques modifications discrètes, seulement révélées par quelques craquements et des mouvements étranges sous la peau de son ventre. Quel que soit l'obstacle, il était prêt.

Il fut bien surpris, cela dit, de tomber sur Eseal. En compagnie d'un inconnu à l'armure impressionnante, il se tenait à proximité d'une arche qui n'était pas sans rappeler la matière si courante dans l'Entre-Monde.

« Eseal... Décidément, vous mettez un point d'honneur à choisir les mauvaises missions. »

Il se tourna brièvement en direction de sa compagne d'aventure et poursuivit, afin de clarifier la situation.

« Ma chère, voici Eseal. Nous nous sommes rencontrés alors que je participais à une mission des Correcteurs. Malheureusement, il y a eu quelques dommages collatéraux et ce ne fut qu'une demi-victoire. Enfin, rien de plus qu'une stricte application de la sélection naturelle... »

Pour faire simple, Mael s'était débarrassé de ses équipiers sans la plus petite once de remord. Ils étaient sur son chemin, ils tenaient à détruire sa première création, baptisée sommairement "Alpha" et cela ne correspondait pas à ses plans. La situation avait été difficile, mais riche d'enseignements. Il avait découvert qu'on ne pouvait pas remodeler un Arpenteur, par exemple. Et également qu'un homoncule suffisamment puissant était une arme très dangereuse. Alpha avait été détruit dans l'affrontement, mais ce n'était pas une si mauvaise chose. Après tout, il était hors de contrôle et même lui doutait de pouvoir le reprendre en main facilement.

« Vous nous présentez votre ami ? »

Une demande faite avec une pointe de candeur totalement déplacée. Dans une situation qui recélait autant de danger potentiel, la meilleure chose à faire était de se comporter comme si vous étiez tranquillement occupé à siroter un thé entre amis... Tout en se tenant prêt à l'affrontement, bien évidemment.
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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Re: La Voie du Sacrifice   Sam 7 Juin - 11:33

Un lieu de sacrifice.

Ekundayo sentit son cœur battre plus fort en le voyant. Les démons essayaient-ils, eux aussi, d’ouvrir un passage vers les Plaines Venteuses ? S’était-elle trompée, en cherchant la solution sur le champ de bataille des humains ? Les mages interdisaient aux Esprits de planer, les enfermaient dans leur corps, alors que les Démons, apparemment… Ooooh.

Elle avait choisi son camp.

Il y avait un tunnel. Dans lequel Mael s’engouffra sans hésitation. Ekundayo suivit, et les Elémentaires de Feu s’éteignirent. Prêts.

Lorsqu’elle vit les deux « hommes » (pas certaine que ce soient tous les deux des hommes), elle fit la moue en apprenant que Mael en connaissait un, et encore plus lorsqu’il lui « expliqua » comment de manière sibylline. Elle ne comprenait rien, et n’aimait pas être la personne à en savoir le moins sur les autres dans la pièce.

Mael avait donc fait partie des Correcteurs. Ceux qui font en sorte que les Arpenteurs ne modifient pas les plans et gardent l’équilibre, si elle se souvenait bien. Etait-il encore avec eux ? Parce que ce qu’elle comptait faire était à l’encontre totale de leurs principes. Elle n’était pas certaine de qui, dans la pièce, était le plus à même de l’aider à remplir ses objectifs. Ekundayo présenta sa main au monstre.

- Excusez l’impolitesse de mon garde du corps, qui vous veut présenté sans que je le sois moi-même. Ekundayo Tichaona.

Elle fit ensuite un geste de tête vers Esael.
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