Feux follets dansent dans l'ombre [Plan inconnu - Iomari]



 

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 Feux follets dansent dans l'ombre [Plan inconnu - Iomari]

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Ekundayo Tichaona

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MessageSujet: Feux follets dansent dans l'ombre [Plan inconnu - Iomari]   Dim 5 Jan - 19:05

C’était un monde de pénombre. Aucun astre pour éclairer la surface de la terre – une terre tout aussi noire, dont se soulevaient des nuages de cendres à chaque fois qu’elle y posait le pied. Elle passa sous une énorme racine – carbonisée. Les arbres s’enchaînaient depuis des heures, toujours les mêmes, des troncs qu’elle ne pouvait pas atteindre parce qu’ils commençaient quelques mètres au-dessus de sa tête, soutenus par des racines monstrueuses qu’elle pouvait à peine enlacer de ses bras, et qui formaient comme des pattes qui partaient dans toutes les directions, avant de s’enfoncer dans la poussière. Elles s’effritaient à son toucher, et elle avait les doigts noirs à force de s’appuyer sur les braises mortes.

De temps en temps, une lumière guidait son chemin – des créatures, nombreuses, de formes diverses, mais toutes enflammées, comme des feux follets, se frayaient un chemin dans la forêt d’ébène. Au-dessus d’elle, plutôt que des étoiles, c’étaient les phœnix qui explosaient de mille flammes astrales dans la nuit. Quelques éternités plus tôt – la nuit n’avait ni début ni fin -, l’un d’entre eux avait hurlé d’un piaillement déchirant, avant de tomber à quelques mètres d’elle ; elle l’avait vu passer de flammes à cendres, se joindre à la poussière du sol, n’y laissant qu’un œuf grisâtre. Elle l’avait pris entre ses mains ; la coquille glacée, lisse, délicate, s’était doucement réchauffée, rougeoyant faiblement. Elle avait alors plié le voile bleu clair de sa jupe afin de former une poche, où elle l’avait doucement posé, et marchait à présent l’œuf battant contre sa cuisse.

Le vent se leva.

Elle leva la tête, doucement, chaque vertèbre se pliant pour permettre à son cou de basculer vers l’arrière, son visage exposé aux cimes parsemées de lampions vivants. Quand le vent soufflait, les lampions tremblaient, les flammes dansaient, et les oiseaux gémissaient, d’un gémissement étrange, long, harmonieux, qui frémissait à différentes fréquences à l’intérieur de son cœur, le retournant complètement, vagues nombreuses, vagues frissonnantes, vagues lumineuses qui lui coupaient le souffle, noyaient les battements de son ardeur. Incapable d’avancer davantage en écoutant ce Chant, elle se laissa glisser au sol, et s’allongea sur le dos dans la cendre, les cheveux terre se mêlant à la terre, les yeux grands ouverts sur ce ciel qui n’en était pas un, sur ces étoiles qui n’en étaient pas non plus. Le ballet avait lieu juste là – elle ne savait pas lequel de ses sens était le plus subjugué. C’était son être tout entier qui s’y perdait, qui tombait comme un noyau dans un puits.

Elle avait fermé les yeux, dans l’Entre-Monde, à la recherche d’un portail, du portail vers les Plaines Venteuses. Elle s’était posée un instant la question de savoir où les esprits qui l’avaient suivie ce jour-là avaient atterris. Si un seul d’entre eux avait su trouver son chemin, sans elle qui s’était perdue en cours de route… Elle avait fermé les yeux avec le cercle de l’Eclipse sous les paupières, le côté noir de Yogmur – Yogmur. Mur blanc. Mur noir. Cercle empli de ténèbres. Les flammes de sa robe en feu, de sa peau en feu, de son être en feu, de ses fibres en feu, fibres vivantes, fibres mortes, filigranes, filaments fuligineux qui descendent vers les nébuleuses, se perdent dans le clair-obscur, dans la brume charbonneuse…

Le vent soufflait. Les arbres étaient morts. Depuis longtemps. Et les êtres de feu, tourbillons d’étincelles, fusaient, volaient, fuyaient. Il y avait ici tout ce qu’elle avait cherché. Mais elle n’était pas sur les Plaines Venteuses.

L’œuf trembla sur sa cuisse. Son dos s’arqua, alors qu’elle passait en position assise, et elle glissa sa main dans la poche. Le contact, sous ses doigts, était toujours doux, mais brûlant, et la chaleur augmentait encore, encore, encore, à une vitesse hallucinante. Elle garda pourtant la coquille entre sa paume, se forçant à ne pas le lâcher, puis le posa au sol, entre ses jambes, gardant les yeux fixés sur son ombre. Il pulsait d’une aura rouge, et c’était comme un cœur qui bat.

La coquille craqua.

Le sien, de cœur, battait en diapason.

Elle attendait. Un craquement. Un autre. Encore un. Puis elle vit le museau, d’une teinte orangée étrange qu’elle ne connaissait pas, sablonneuse. Les petits bouts de coquilles tombèrent l’un après l’autre, et elle en attrapa un, comme un caillou plat à lancer sur la surface de l’eau. Se coupa avec. Goutte de sang au bout de son doigt, mais ses yeux étaient trop mesmérisés pour qu’elle y pense. Ca pulsait au bout de son doigt comme ça pulsait devant elle, en elle, hors d’elle. Le museau continua à piqueter la coquille, laissa place à une tête. Une tête de lézard. Ses deux yeux globuleux se fixèrent sur elle. Il roucoula. Et c’est le rire d’Ekundayo Tichaona qui fusa en réponse, un rire de gamine heureuse, un rire pure qui tranchait avec le silence de sa marche nocturne, elle qui n’entendait que ses pas, les bêtes et le vent depuis un certain temps, elle qui n’avait pas ouvert la bouche une seule fois depuis son arrivée sur ce plan. Lâchant la coquille, elle leva la main, et caressa la petite tête. Roucoulant encore plus, des étincelles fusèrent sous les doigts de l’humaine, puis c’est une crinière de feu qui s’embrasa autour de la tête nue.

Au même instant, une ombre vola au coin de l’œil d’Ekundayo Tichaona. Elle sursauta, se tourna vers la pénombre de la forêt. Silence. Un temps. Deux temps. Roucoulement interrogateur du reptile.

- Je sais que tu es là.

Elle fixait, toujours, l’obscurité sans rien y discerner.


[Et en cadeau - c'est moi qui ai pris la photo. I love you ]
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