Le Prix de l'Asservissement [Desdemone - Chez les Marchands]



 
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 Le Prix de l'Asservissement [Desdemone - Chez les Marchands]

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Nahircia

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MessageSujet: Le Prix de l'Asservissement [Desdemone - Chez les Marchands]   Mer 5 Mar - 15:11

Le Prix de l'Asservissement – Les Graines de la Colère.

« Dégagez. »

La voix résonne entre les murs de marbre. Certains regards se tournent vers elle. Quelques Arpenteurs, quelques Sages. Assez pour lui ouvrir la voie, s’écarter du chemin de la tempête. Une furie hirsute qui traverse le marché des Marchands. Les yeux rougis, marqués de larmes, de fatigue et de volonté. Un visage tiré par la rage, dont même les mèches blondes, d’habitude si familières et joueuses, n’osent se mettre en travers. Et des poings fermés, des poignets sales, et des manches encore ensanglantées. Doigts crispés sur un papier. Une annonce de graines.

« ‘Tain. »

Certains ont essayé de se mettre sur son chemin, il semble. Des gardes, ou des vendeurs. Des gens d’ici. Rien qui n’importe. Rien qui l’arrête. Mêmes les portes du hall principal ne peuvent rien. Un coup de botte, un coup de tonnerre, elles claquent. Le dédale des bureaux et couloirs file droit sous ses pas. Elle sait où elle va. N’en a aucune idée, mais sait son chemin tracé. Parce qu’elle retrouvera ce qui lui appartient.

Elle frappe à une porte. Trois fois. Trois coups. Au dernier, elle ne résiste plus, s’ouvre franchement.

Dans le fond, il y a un homme anguille. Un homme serpent, plutôt. Assis derrière son bureau, un sourire en coin, les mains croisées. Confiant, assuré. Et au centre de la pièce, le trésor. Joyau des mers retrouvé.

Saleté de Méduse.


Sept jours. Sept nuits, à l’obscurité totale. Sept fragments de temps passés à capturer son navire terrestre. Ils avaient tout sacrifié pour l’autre. Ils avaient continué, quand elle est partie avec le fruit de leur vie. Ils voulaient l’attendre. Mais elle, elle est restée. Elle a appris. Elle a découvert. Ces liens qu’elle ne connaissait pas. Ces cycles nouveaux. Ce mouvement inéluctable. Qu’elle a elle-même provoqué.

Sur Solduinn, elle a tué. La Mort est entrée dans sa vie. Comme une gifle après un baiser. Elle a revu cette tête rouler, sept jours. Elle a vu ces corps fatigués s’effondrer. À jamais. Se faire ensevelir. Se faire dévorer par la terre. Elle a voulu les sauver. Les relever à la force de ses bras, les sortir de ces trous ensevelis. Puis elle a compris. À la décomposition. Au vert sur leurs os, dans leur chair. Elle a compris la Mort.

Elle lève son poing, pointe sa cible. Ses ongles encore bruns de terre, de poussière. De la tombe qu’elle a creusée, pour cette petite qui s’est révoltée.

« Tu. Es. À. Moi. »

Avec cette flamme dans ses yeux. Celle-là même qui alluma toutes les étincelles dans le village. Pour la mémoire de la sacrifiée. Pour le souvenir de son action. Pour l’envie de la suivre, non pas dans la mort, mais dans la fureur de la vie. Ces étincelles qu’elle a vu pétiller au dernier jour. Enfin. Quand ils se sont tous réunis. Chaînes brisées. Pas celles de la servitude. Celles de la passivité. Quand, ce septième jour, ils ont pris les armes pour la chasser. Enfin !

Elle se tient debout, alors que son corps souhaiterait flancher. Dans ses habits de pirate, des entailles en tout genre. Griffures et bleus. Ses manches couvertes de sang, le sien, le leur. Ses cheveux en bataille, en arrière, aux touches de terres. Et sa lame qui goutte encore à ses côtés, le liquide écarlate tâchant les tapis raffinés.

« Et je ne te laisserai plus t’enfuir. »

Nahircia avait payé le prix. Rencontrer la mort. Mais surtout découvert son nouveau trésor. Bien plus que la Méduse palpitante. Elle avait reconquit la vie.
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Desdemone

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MessageSujet: Re: Le Prix de l'Asservissement [Desdemone - Chez les Marchands]   Dim 6 Avr - 16:35

Desdemone leva son regard de déesse et le laissa vaguer autour de la salle. Derrière son bureau, le Marchand serpent leva les yeux, surpris. Elle était bien dans l’Entre-Monde, elle était bien auprès de la Guilde qu’elle avait cherché mentalement – cette Etincelle qui tirait le mana entre les Mondes, ce tiraillement de l’intention, c’était quand même quelque chose d’impressionnant. Ça avait été si facile, finalement, de fuir cette pirate effrayante.

- Vous vouliez des graines à faire pleuvoir sur une ville, je crois ?

La langue du serpent passa entre ses lèvres écailleuses, si vite qu’elle n’était pas certaine de l’avoir vue.

- C’est à vous.

Desdemone n’avait aucun intérêt, aucun, à garder ces graines. Elle n’aimait pas les possessions, elle n’aimait pas obtenir, elle n’aimait pas se sentir retenir. Alors elle faisait déjà demi-tour – se figeant juste un instant, son visage tournée vers le bazar, loin en bas, sur lequel elle avait une vue des hauteurs – c’était comme une mer de couleurs. Et le lézard qui la retient.

Qui lui demande ce qu’elle a dû payer pour en récupérer autant. « Rien. » Légalement ? « Légalement. » S’il n’était pas une bête à sang-froid, peut-être aurait-il eu l’air impressionné. Elle va pour partir ; il la retient encore. Par principe, par équité. Tu donnes, tu reçois. Balance étrange qu’il lui proposait – ne savait-il donc pas que le monde n’était pas équilibré, que les prédateurs prenaient, les proies donnaient ? Et que garder les graines l’encombrerait plus qu’autre chose, il lui faisait presque une faveur en les prenant. L’idée d’échange lui était tout à fait inconnue. L’idée de don aussi, pour tout dire. Les ondins s’entraidaient parfois, sur Lunn – mais de la même façon qu’ils s’utilisaient parfois comme boucliers de survie. Ce n’était qu’un moyen de mieux survivre. Elle survivait mieux sans les graines et loin de celle folle blonde aux yeux envieux. Autant laisser les sacs à ceux qui les cherchaient. Mais il voulait la repayer. Et plus que la repayer… il voulait lui proposer un autre marché, une alliance, lui proposer de nouvelles missions, en échange de la protection de la guilde… Elle ne comprenait pas grand-chose, ne savait pas en quoi pouvait bien consister cette protection, et n’en ressentait nullement le besoin ; alors elle haussa les épaules. Il bougea la queue, lentement, comme en pleine réflexion, apparemment insatisfait de son absence de véritable réponse, de l’incertitude dans laquelle elle le laissait sur sa capacité à pouvoir compter sur elle pour les rejoindre, puis il lui proposa un globe – pour pouvoir voyager entre deux Mondes accompagnée, précisa-t-il -, un gant – dont le porteur devient invisible – et un boomerang en acier – coupant, et qui lui reviendrait toujours, peu importe où elle le lançait. Elle attrapa le boomerang d’un air blasé.

Se retourne violemment en entendant la porte craquer sous les coups de talons. Elle écarquille les yeux, surprise – elle ? Que fait-elle ici ? Et pourquoi – pourquoi cet air si différent de celui qu’elle avait quelques minutes plus tôt ? Il lui fallut un certain temps pour se souvenir de ce que les Archivistes avaient dit sur le passage du temps entre les mondes. Son temps d’analyse, par contre, tenait au creux d’une perle. Elle avait toujours décidé vite – réfléchir laissait trop de temps aux requins pour mordre dans la chair.

Si elle fuyait encore, la pirate, pleine d’une énergie et d’une détermination dont elle ne démordrait pas, la suivrait jusqu’au bout des mondes. Si elle l’attaquait, avec ce nouveau boomerang, elle n’était pas sûre de survivre. Alors elle hocha la tête, simplement, se courba à la volonté de celle qui l’avait virée du Paradis, rangea son boomerang, et s’approcha, soumise.

- Je suis à toi. Et je ne m’enfuirai pas.

*Et que vas-tu faire de moi ?*
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Nahircia

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MessageSujet: Re: Le Prix de l'Asservissement [Desdemone - Chez les Marchands]   Lun 7 Avr - 19:28

Le Prix de l'Asservissement – Ma part du butin.

« Je sais. »

Et elle passe à côté d’elle sans plus de cérémonie. La dépasse, se place, au centre. Lui tourne même le dos. Plus un mot. Elle jette un coup d’œil autour. Marchands, c’est ça ? Elle avait l’impression de se trouver dans un palais de Myradeos. Luxe, œuvres, babioles. Inutiles et entassées. Inertes, exposées. Seule la palette changeait, d’autres couleurs. Comme au centre d’une tanière cachée, où trône, avare, le serpent. Veillant sur ses innombrables pièces, ces graines qui coulent des sacs entassés. Un trésor qui n’a rien à faire là.

« Ceci m’appartient aussi. Non, ne faites pas cette tê-… Ohh. Vous n’avez même pas haussé un sourcil. Vous… n’avez pas de sourcil. Soit. Je disais. Ceci m’appartient. M’appartenait ? Peut-être. Vous savez, j’ai travaillé pour beaucoup de gens comme vous. Leur ai rapporté beaucoup d’argent. J’me vends bien, vous n’en doutez pas. Mais ces graines. Vous étiez vraiment sérieux ? Vous les vouliez tant que ça ? Vous. Les. Avez. Ça se fête, non ? »

Son ton s’arrête. Fatigué d’osciller entre les éclats et le sérieux. Et elle déambule, son corps fatigué, sa volonté rayonnante. Elle passe ses yeux sur la collection impeccable du commanditaire. Anciennement impeccable. Les pièces végétales se plaisant à s’insinuer dans les moindres recoins, libres. Enfin, elle trouve. Une bouteille d’alcool, pétillant. Visiblement d’un plan d’humains aux longues oreilles, yeux en amandes. Ça fera l’affaire, elle range son sabre.

Elle prend aussi quelques timbales. Gravées d’inscriptions illisibles. Des fois qu’on veuille s’instruire quand on se saoule. Elle installe le tout sur le bureau. Elle croise le regard de l’homme. Toujours impassible. Ils sont tous ainsi. Elle ne s’en souvient que trop. Ils n’avaient même pas de plaisir à la voir. Contrôle et Argent. Leurs amours. Puis elle va inviter son joyau à la fête. Sa voix s’amorce pour se finir dans une quinte de toux manquant de l’étouffer. Elle ne peut plus.

« Non. Sérieusement. J’aurais essayé, me mettre à votre place. Mais votre putain de navire, il flotte pas, il écrase la mer. Vous naviguez pas avec les courants, vous asservissez jusqu’au vent sans lever le sourcil. Votre mer, elle est rouge et molle. Et elle noie. Ça y est. Déjà vous m’étouffez. Profitez bien de vos graines. Vous n’en aurez pas une de plus. »

Les verres volent. La bouteille n’est pas encore ouverte que la fête s’achève. Ou commence. Elle plaque violemment le parchemin de mission devant le Marchand, plante ses yeux dans les siens. Ses paupières verticales clignent, marquent un arrêt. Ça aussi, elle s’en souvient.

« Pas une seule. »

Elle chaparde la bouteille et s’approche de la fenêtre. Qui se brise. S’évapore presque, en un nuage de fragments pailletés. Dévoilant un escalier soudain. Architecture à souhait.

« On met les voiles, Trésor. On a une montagne à couler. »

Et elle descendit, comme une voleuse. Comme une reine.
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Desdemone

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MessageSujet: Re: Le Prix de l'Asservissement [Desdemone - Chez les Marchands]   Mer 11 Juin - 21:26

Desdemone écoute. Passive. Seules les oreilles, invisibles, sont attentives. Elle n’a que des creux, couverts d’une fine membrane lorsqu’elle se plonge dans l’eau. Elle écoute, et elle ne comprend pas. Cette femme s’est vendue à eux. Maintenant, elle réclame et elle prend. Toussotant, ensanglantée, fiévreuse des batailles passées, mais encore, elle tape du poing sur la table, et on… la laisse faire. C’était sociologiquement très intéressant, et incroyable. Pourquoi ne l’abattions-nous pas ? Pourquoi ne fuyions-nous pas devant elle ? Non, on se pose, spectateur, et on la laisse mener le spectacle. Dire n’importe quoi – qui, ici, asservit-il le vent ? C’était elle qui faisait voler le verre aux éclats et pousser les murs comme des fleurs solides. Le monde changeait avec une logique déconcertante, et Desdemone se demanda, un instant, si elle était vraiment dans l’Entre-Monde, ou si elle était – dans son rêve, ou dans le rêve de cette étrange pirate, va savoir. Elle avait l’habitude de flotter dans des rêves, son sommeil toujours actif, mais c’était toujours dans l’eau qu’elle dérivait.

Desdemone hocha la tête vers le marchand, sans rien ajouter, l'air de dire - il faut obéir. Mais peut-être pas, elle avait aussi l'air de simplement se laisser porter par la brise des événements. Elle descendit à la suite de la pirate – les marches disparaissaient derrière elle, comme si elles n’avaient plus lieu d’exister, qu’elle créait le monde devant elle et qu’il ne pouvait être que devant elle, qu’à elle, que pour elle. Nahircia toussa à nouveau, et essuya le sang au coin de ses lèvres d’un revers de main. Desdemone plissa les yeux, son nez papillonnant à l'odeur si forte du sang.

- Pourquoi la couler, exactement ?

L’idée d’un objectif autre que celui de survivre était – incompréhensible. L’idée de volonté, l’idée de but. Elle ne comprenait pas, et ressentait une sensation de – pas vraiment de malaise, mais quelque chose s’en rapprochant. Comme être debout au-dessus du vide, sans avoir le vertige. Et elle regardait Nahircia comme si elle sortait de – et bien, d’une fenêtre à des centaines de pas dans les airs, par exemple. Elle n’avait pas compris son rapport au marchant, rien de ce qu’elle lui avait dit, rien de ce qu’elle voulait – mais elle savait une chose, elle VOULAIT. Très fort. Que ce soit les méduses, les graines, les îles flottantes. Desdemone ne voulait que la paix. Qu’on la laisse tranquille, qu’on ne la bouffe pas, qu’on ne lui arrache pas la tête.

Ca suffisait amplement.
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